Histoire sans fin. Ça ne ne rigole plus sur notre belle planète : des créatures étranges et manifestement aveugles, mais très sensibles au moindre bruit, sont venues boulotter tout ce qui passait à leur portée. Dans un petit coin de la campagne américaine, la famille Abott tente de survivre comme elle peut…

Beaucoup de silences pour rien, ou presque… Point de fantôches, de possessions, de found footage ou de meurtres à la chaîne au détour de ce Sans un bruit, dont le carton au box-office américain confirme la bonne tenue du cinéma de genre u.s, en tout cas du point vue des chiffres : car ce qui se cache derrière le comptoir donne déjà moins envie de sortir le champagne. On apprécie bien évidemment le concept rafraîchissant – soit un film d’horreur quasi-muet où le bruit est source de stress instantané – qui nous sort des modes actuelles, d’ailleurs toutes en train de péricliter, ce qui n’est pas un mal. Mais au vue du cv du très sympathique John Krasinski, ici devant et derrière la caméra, difficile de savoir si on assiste à un geste appelant à l’amour des sous ou à celui du cinéma du genre, surtout en apprenant que le film fut à deux doigts d’être le quatrième volet de la saga rapiécée des Cloverfield. Au risque de passer pour mauvaise langue, on part pour la première option…

Alors bien sûr que A quiet place a très bien marché : nous voilà face à un film carré et plutôt court, très correctement réalisé (du 35 mm pour un film de genre, c’est assez rare pour être souligné), PG-13 (et donc assez inoffensif), le tout avec une idée assez forte pour marcher sur à peu près tous les non-habitués ou les jeunes spectateurs en quête de sensations fortes. Pour les plus exigeants, c’est une autre histoire. En débutant par un trauma qui donne envie de s’arracher les cheveux par sa profonde bêtise, Sans un bruit rappelle déjà maladroitement un certain cinéma fantastique espagnol, tiraillé entre les ficelles du genre et le mélo violon tsoin-tsoin : deuil en digestion, geste sacrificiel et relations parents/enfants tendues (mais où finalement, tout le monde s’aime), n’en jetez plus, le stabilo n’a plus d’encre après le surlignage en règle.

Car si on apprécie le dégraissage ambiant (très peu d’explication sur les créatures ou le monde aux alentours : on suppose que la potentielle suite s’en chargera), on se cogne à des poncifs qui font grandement chuter le trouillomètre, que la promo se charge d’ailleurs de mettre au rouge au cas où on ne l’avait pas compris (ANGOISSANT DE OUF qu’il disaient). Si on aime les petites trouvailles pour stopper le moindre son (mention spéciale au Monopoly «silencieux»), on tique plus méchamment face aux embûches amenées parfois de manière franchement absurde (oh un clou sur l’escalier, oh une fuite) ou aux réactions discutables de certains personnages. Et devinez quoi ? Pour un pur film d’horreur reposant sur le silence, pas moyen d’éviter les jump-scares, certes pas si nombreux, mais bien là, avec une option ratons-laveurs random et sound design de la mort. De son côté, le casting se donne à fond, en particulier une touchante Milicent Simmonds (vu récemment dans Le musée des merveilles) en sourde muette piégée dans un monde de silence, et une Emily Blunt pas épargnée, dégoulinante et malmenée (mais pas trop non plus), ce qui n’empêche pas le film de se situer dans un entre-deux vaguement confortable, à l’image des monstres, ni ratés, ni réussis.

Mais le plus tragique, c’est que malgré l’idée de base, plutôt puissante, on a bel et bien l’impression de voir la scène de la cuisine de Jurassic Park, (ou celle de la cave de La guerre des mondes, au choix), étalée sur 1h30 : Krasinski a appris ses leçons par coeur tel un écolier trop sage et trop studieux, voisinant même ouvertement avec le Shyamalan de Signes ou de The Village, eux-mêmes des descendants du ciné de Tonton Spielberg. Sans trouble et sans parfum, le cours magistral perd totalement de sa force.

JÉRÉMIE MARCHETTI

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