Faux semblants. 1972, Dominic (Felix Antoine-Duval, magnétique), un jeune biker obsédé par lui-même, décide après la mort de sa grand-mère de partir à la recherche de ses origines. Sa quête le conduira jusqu’à un monastère où son frère jumeau identique Daniel (Felix Antoine-Duval, magnétique) vit sous le joug d’un prêtre pervers (Andrea Apergis, effrayant).

Double je. Un homme (en)quête sur ses origines pour se recoller à lui-même, au sens propre comme au sens figuré. Saint-Narcisse est ni plus ni moins qu’une transposition très libre du mythe de Narcisse dans les années 70. Le cinéaste canadien Bruce LaBruce, sans tabou ni limite, crée ici une jonction entre deux pans de sa filmographie. Celle, ouvertement provoc (No skin of my ass) et celle à la patine plus lisse (Gerontophillia). Cette fusion des styles avait déjà été esquissée dans The Misandrists dans lequel des féministes radicales s’organisent dans un couvent afin de créer une armée et libérer les femmes de la domination phallocrate et dont Saint-Narcisse se révèle le miroir déformé: les fausses nonnes sont ici remplacées par de vrais moines, les chattes brulantes par des joncs mous et l’humour incisif cède sa place au drame. Subsistent néanmoins des petites touches d’humour bien électriques parsemées çà et là, et parfois à des moments inattendus à l’instar de ce running gag avec la statue de Saint-Sébastien.

En substance, Saint-Narcisse traite du fantasme de soi, de celui que l’on projette sur les autres et des conséquences de l’obsession. Le discours est transposé en 1972 où l’appareil photo instantané remplace le smartphone et Instagram. Pour autant, le résultat n’a jamais autant paru d’actualité. Sur la forme, il fait tout pour paraître suranné et il est vrai que l’esthétique peut décontenancer. On se croirait dans un téléfilm pour mamie ou toute la pudibonderie aurait laissé sa place à un univers queer à la sexualité décomplexée, libre de tout jugement moralisateur. Quand on voit comment le réalisateur cherche à rendre son autre activité de pornographe fortement cinématographique, les ruptures visuelles présentes dans Saint-Narcisse ne semblent alors pas si surprenantes et accompagnent à merveille le récit. De quoi rappeler que le cinéma de Bruce LaBruce est construit en faisant s’entrechoquer les oppositions, le drôle et le tragique, la jouissance et la mort, le discours politique et la provocation gratuite. Son cinéma est semblable à une fiole de poppers que se seraient partagés jusqu’à l’irritation les gros nez de Pasolini, Georges Bataille, John Waters et Sono Sion, lui donnant l’élan d’un geste d’éternel punk en avance sur son temps. G.C.

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