[POLAROID] Chronique désenchantée de la vie d’un couple prolétaire et leurs enfants dans l’Angleterre industrielle du Black Country, pendant le règne de Margaret Thatcher: c’est le postulat du premier long- métrage du photographe Richard Billingham, récompensé par une mention spéciale du jury au festival de Locarno. Adapter son propre livre de photos Ray’s A Laugh et ainsi faire de tout un pan de son enfance et de son histoire familiale une œuvre de fiction, voilà une tâche que l’on imagine difficile à relever. Et le résultat s’avère malheureusement bien fragile.

De prime abord, le film séduit pourtant de par sa représentation sans fard d’une famille prolétaire aux abois, sans cesse au bord de la rupture émotionnelle. Construit en trois chapitres (les manigances du fils aîné à l’allure rebelle, la vie tumultueuse en appartement, la solitude noire du père vieillissant), le film rappelle le travail de photographie du cinéaste jusque dans sa structure narrative, plus proche d’une succession d’instantanés et de souvenirs souvent peu reluisants que d’une trame de cinéma classique. L’intention est maline mais le film finit par se perdre en allers-retours pour en fin de compte tourner sérieusement en rond.

Coincé quelque part entre le mélodrame flamboyant et le cinéma politique façon Ken Loach, Richard Billingham ne semble pas savoir sur quel pied danser – et c’est surprenant au vu de la dimension éminemment personnelle de son sujet. Rien de neuf ou de palpitant dans Ray & Liz, à part les acteurs, inconnus et terriblement sincères, et le visuel, naturellement. Du début jusqu’à la fin, le film en met plein la vue, opposant avec brio la dureté de la grisaille urbaine aux couleurs chatoyantes des décors et des costumes et au travail de composition des plans, particulièrement minutieux. Mais aux dépens de Richard Billingham et sa bonne volonté, le cinéma n’est pas seulement une affaire de belles images.

ALEXIS ROUX

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