[CRITIQUE] QUIEN TE CANTARA de Carlos Vermut

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Pour le personnage de la diva, Carlos Vermut s'est inspiré de la chanteuse japonaise Chiaki Naomi

Fleurs fanées. Lila, chanteuse célèbre, prépare son retour sur scène, mais perd la mémoire lors d’un accident. Violetta, imitatrice inconnue, l’aide à redevenir celle qu’elle était.

Comme disait Baudelaire, «tout ce que nous voyons ou croyons voir, tout ceci n’est qu’un rêve dans un rêve». Avec ce nouveau film imparfait mais troublant, Carlos Vermut, révélé avec La Nina Fuego, raconte la passation de talent entre une star qui a perdu la mémoire et une petite chanteuse de karaoké inconnue qui va la remplacer. Et il se tiendra à ce simple et beau mouvement de mutation, à la fois fluide et complexe, onirique et réel, en mélangeant ses influences, majoritairement nippones, venues du cinéma, du clip et de la bédé dans un contexte ibérique. Avec cette histoire de chrysalide et de fan se métamorphosant en son idole, diva éteinte qui, du jour au lendemain, ne peut plus chanter, ne supporte plus le poids de la célébrité, Vermut travaille le canevas il est vrai éprouvé du double féminin, arrivant après Hitchcock, Polanski et Lynch. Rien de déshonorant pour autant, Vermut parvient à instaurer un climat fascinant, peuplé de rêves et de chimères, de joies éphémères et de tristesses éternelles.
Bien sûr, il faut aimer la suspension d’incrédulité propre au «dream-like movie» pour savourer cette douce et brutale métamorphose. Mais il ne s’agit pas que d’un simple film vaporeux: Vermut explore aussi, de façon substantielle, une relation mère-fille extrêmement intense et cette confrontation prend une dimension inattendue lorsque le secret de la relation entre Lila et Violetta explose au grand jour et que deux visions s’opposent violemment, soit la pureté de la mère qui veut protéger l’artiste dont elle est fan et la monstruosité de la fille qui veut en profiter. En résulte cette idée de film-miroir où des scènes se répondent comme la fin renvoyant au début, où des lumières apparaissent sur les visages telle l’illusion miroitante, où tout fait double et trouble (la ressemblance entre la star et la fan, les relations conflictuelles entre un parent et son enfant). Et la chenille de devenir non pas un papillon mais un avatar. Un fantôme.

ROMAIN LE VERN

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