C'est plus ce que c'était Fort Boyard

[MISSION AVORTEE] Pour son troisième long-métrage, la réalisatrice Alice Winocour met en scène le parcours de Sarah (Eva Green), la seule femme spationaute à faire partie du premier voyage à destination de la Planète Rouge. Suivant un entraînement ardu, la jeune femme devra prouver sa valeur dans un monde très masculin tout en conjuguant ses rêves d’aventures avec la relation fusionnelle qui l’unit à sa fille Stella (Zélie Boulant-Lemesle). Un double programme (l’exploration d’un monde inconnu et le drame familial) qui résulte hélas en un double échec, le film croulant bien vite sous le poids de ses ambitions.

Le sabordage de Proxima tient au fait que l’intrigue repose sur un principe paradoxal. D’un côté, le film cherche à délivrer un message féministe, dénonçant le machisme ambiant d’un univers supposément érudit et ouvert d’esprit, personnifié par une femme forte, endurcie, dévouée toute entière à son objectif. De l’autre, le film cherche à traiter d’une relation mère-fille vouée à se briser, du moins pour un temps, et illustre avec une certaine pesanteur la fibre maternelle de Sarah. En jouant sur les deux tableaux, le film finit étrangement par illustrer l’exact contraire des valeurs qu’il défend. Incapable de couper le cordon, Sarah se retrouve fragilisée par l’angoisse de la séparation, échoue aux entraînements les plus élémentaires, laisse le doute saper son morale. A l’inverse, les hommes qui gravitent autour d’elle apparaissent comme particulièrement stables, qu’ils évoluent dans son entourage familial – son ex-mari, joué par Lars Eidinger, qui lui conseille vivement de prendre ses distances – ou professionnel – l’astronaute campé par Matt Dillon, lui aussi père de famille mais qui parvient sans peine à gérer le manque. Centrer l’intrigue d’un film à la dimension progressiste autour d’une femme simplement caractérisée par sa fonction de mère et sans cesse en quête d’un appui masculin n’est pas, pour faire dans l’euphémisme, la meilleure des idées.

D’aucuns pourraient alors espérer trouver consolation dans la représentation de l’exploration spatiale proposée par le film. Majoritairement tourné dans de véritables structures (le Centre Spatial de Cologne et le Cosmodrome de Baïkonour, dans son dernier acte), respectant à la lettre le déroulé des exercices de préparation, le film revendique ici un hyperréalisme rigoureux. Le spationaute français Thomas Pesquet, caution scientifique du projet, apparaît même dans son propre rôle – la mission qu’il mena dans l’ISS six mois durant donne par ailleurs son nom au film. Malheureusement, Proxima ne relève pas non plus le niveau de ce côté-ci. Dépourvu de véritable parti-pris visuel, baigné d’une uniforme et impersonnelle lumière bleuâtre, le film souffre d’une approximation technique surprenante (cf. le traveling suivant Sarah et Stella dans le désert kazakh, dont les bourdes techniques en feront bondir plus d’un). Rien ne fonctionne finalement pleinement dans cette entreprise, pourtant attendue comme une relecture française d’un genre très ancré outre-Atlantique. Au vu de ses nombreuses failles et de sa distribution aberrante (le film sort la même année qu’Ad Astra et Star Wars: Episode IX), on peut déjà voir se profiler l’ombre d’un parfait plantage. A.R.

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