L’ombre de papa, toujours là. Une agente travaille au sein d’une organisation secrète utilisant une technologie neurologique qui permet d’habiter le corps de n’importe quelle personne et la pousser à commettre des assassinats aux profits de clients très riches. Mais tout se complique lorsqu’elle se retrouve coincée dans le corps d’un suspect involontaire dont l’appétit pour le meurtre et la violence dépasse le sien de très loin…

Miasmes pathologiques. Autant prévenir tout de suite: celles et ceux qui sont restés dubitatifs devant Antiviral, premier film du fiston Cronenberg qui se déroulait dans une clinique spécialisée dans la vente et l’injection de virus ayant infecté des célébrités, ne devraient pas être plus emballés par ce nouveau long métrage qui fonctionne sur les mêmes ressorts. Cronenberg fils prend à contre-pied et avec plaisir certaines attentes critiques lui demandant de s’affirmer davantage et d’arrêter de reprendre le style de papa David. Il fait précisément l’inverse. Sa route, il va la tracer en jouant avec ces similarités tout en les mélangeant à ses propres références geek. Dès la scène d’intro sur-esthétisée et gore, le ton est donné et le doute n’est plus permis. Certains trouveront cette persistance dans la filiation audacieuse; d’autres la jugeront prétentieuse et dénuée d’imagination mais pour sûr, pas d’eau tiède dans votre tasse de thé!

Nous voilà donc parachutés dans un futur proche et déprimant où des sociétés secrètes font connecter leurs employés à des êtres humains par l’intermédiaire d’une machine à la Matrix. Une fois la connexion établie, le possédé se voit généralement accomplir de sinistres besognes avant de se donner la mort. L’héroïne jouée par Andrea Riseborough est une experte en la matière dont les nombreuses connexions avec d’autres lui font parfois oublier des détails de sa propre vie, devenue bien pourrie d’un point de vue personnel. Pas encore remise de sa dernière projection, elle se voit demander d’éliminer un chef d’entreprise véreux. Pour ce faire, on lui présente comme cible Colin (Christopher Abbott) qui servira de moyen de transition et dont elle devra investir l’esprit. Mais tout va partir en couilles quand la prise d’otage cérébrale qu’elle va établir avec le beau loser va faire tordre encore plus son rapport à la réalité. Car celui-ci va se révéler beaucoup plus inquiétant et moins facile à contrôler que prévu.

Nous n’irons pas plus loin dans les enjeux du scénario afin de vous laisser la surprise des rebondissements (et aussi parce qu’il n’y a pas grand-chose à dire de plus). Possessor fait partie de ces films qui racontent une histoire simple de manière compliquée. Son intérêt réside dans son expérience visuelle et sonore. S’autorisant des séquences expérimentales couplées à un score musical rappelant les compositions de Ghost in the Shell et autres délires cyberpunk, le cinéaste semble s’être régalé comme un petit fou à composer des visions déviantes qui auraient pu se suffire à elles-mêmes. Visage qui s’écrase, ralenti sur une lame sortant de la chair agonisante, relation sexuelle «trois en un», dents qui se dévissent, peau qui s’arrache etc. Voilà la farandole de bonne humeur à laquelle vous aurez droit. C’est aussi ça qui rend le film attachant comme révulsant. Possessor est semblable à un film étudiant friqué et provocateur faisant mieux que les autres sans pour autant transgresser ou transfigurer son sujet autant qu’il le pourrait. Cronenberg fils continue donc sa mutation. Que ceux qui l’aiment le suivent. G.C.

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