[CRITIQUE] PORTRAIT DE LA JEUNE FILLE EN FEU de CĂ©line Sciamma

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On se dirigeait sans plus d’enthousiasme que ça vers le nouveau film de CĂ©line Sciamma, peut-ĂŞtre moins attendu chez nous qu’ailleurs: en comparaison avec ses Ă©clatants Naissance des pieuvres (2007) et Tomboy (2011), son Bande de filles (2014) ressemblait Ă  un petit objet arty Ă  très très grosses ficelles (malgrĂ© quelques jolies scènes, notamment celle qui a rendu Rihanna riche aujourd’hui). Que dire? Portrait de la jeune fille en feu nous a embarquĂ©s. Comme quoi, on a bien fait de ne pas se fier Ă  nos prĂ©jugĂ©s: le film est bien moins procĂ©durier qu’il n’en a l’air, et laisse Ă  ses personnages une lente et gracieuse latitude dans le moindre geste, sans nous servir cette traditionnelle logorrhĂ©e indigeste (c’est le grand travers du film Ă  costumes français). On pourrait mĂŞme poser notre tente devant chaque plan, gagnĂ©s nous aussi par une fièvre contemplatrice. Vous n’êtes pas sans savoir, d’ailleurs, que c’est le sujet du film: au 18ème siècle, une peintre (NoĂ©mie Merlant) est mandatĂ©e par une mère (Valeria Golino) pour dresser le portrait de sa fille (Adèle Haenel), prĂ©lude Ă  un mariage dont cette dernière ne veut pas. La tâche s’annonce ardue parce que cette Adèle refuse aussi qu’on lui tire le portrait (oui, elle peut vous paraĂ®tre un peu relou). NoĂ©mie va donc devoir gagner la confiance d’Adèle en se rapprochant d’elle: ce n’est pas trahir les moins intrĂ©pides d’entre vous que de vous dire qu’une passion amoureuse va naĂ®tre… Le film trempe dans des thĂ©matiques hyper arpentĂ©es dans l’histoire du cinĂ©ma: le double, l’amour des images incandescent mais mortifère, la puretĂ© de l’icĂ´ne, le modèle qui prend dessus sur le peintre, le syndrome de Stendhal, celui de Stockholm, OrphĂ©e, Pygmalion, MĂ©duse et pourquoi pas Icare tant qu’on y est. Mais le film s’embrase littĂ©ralement quand il capture la naissance du dĂ©sir, les relations prohibĂ©es, le corsetage des femmes dans une sociĂ©tĂ© qu’on ne disait pas encore patriarcale. Bon, est-ce vraiment la peine de vous en dire plus? G.R.

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