C’était le blockbuster de Noël l’an dernier en Italie. Pris de court par l’épidémie, l’ambitieux Pinocchio de Matteo Garrone échoue sur les rives d’Amazon Prime. Volée de bois vert en vue?

Ciao ciao Bambino, arriva Pinocchio! On-n’en-peu-piou-de-Pino. Vraiment. On-n’en-peu-piou. Rares sont ceux ayant réussi à se défaire du souvenir traumatique du Disney ou de la beauté cristalline de la version de Luigi Comencini (qu’on est toujours pas prêt de revoir dans sa version de 5 heures). Et après? Des dessins animés en pagaille, une adaptation américaine qui fit des clapotis dans l’eau à cause de ses effets spéciaux (pauvre Steve Barron…) et une suite improbable (avec Udo Kier en méchante: un peu chaos du coup), puis encore une version italienne semblable à une bonbonnière qu’on aurait oublié dans la cave. La seule lumière au milieu des copeaux de bois, c’est le A.I de Steven Spielberg, la relecture qu’on attendait enfin du mythe de Collodi, qui osait se distinguer parmi le reste.

On était du coup particulièrement circonspect à l’idée de voir Matteo Garrone revenir aux sources du mythe, surtout après un Tale of Tales résolument boiteux bien que criblé de bonnes intentions (des fables conservant la cruauté du texte et une reconstitution mi-fastueuse, mi craspec comme au temps de Pasolini ou de Borowczyk). Comme un clin-d’oeil à son prédécesseur déjà enterré, il emploie à nouveau Robert Benigni, cette fois sous le tablier de Gepetto. Quant à l’histoire… vous la connaissez bien. Excepté une très belle idée consistant à donner corps à la temporalité du récit (faisant ainsi grandir la fée bleue ou faisant vieillir le brave menuiser… alors que Pino, entièrement de bois, ne bouge pas), Garrone reprend à la lettre le conte que l’on connaît tous… hélas. Or, vous me direz que ce n’est pas parce qu’on connaît une histoire par coeur qu’on ne peut pas la réenchanter, lui donner de nouvelles couleurs, la moderniser.

Le padre de Gomorra, visant sans doute un public plus familial que celui de Tale of Tales, se contente d’illustrer un livre d’images avec un académisme effarant. Pas une émotion ne vient nous soulever dans ce spectacle finalement peu incarné. On apprécie pourtant le parti-pris esthétique reprenant le bestiaire d’humaninaux comme le voulait le conte originel, avec l’envie résolue et mordante de ne pas faire dans le mignon, la cohorte humanoïde conférant au film des réminiscences Toporesques (remember Telechat ou Marquis) voire de l’écurie Jim Henson dans les années 80. Mais, et c’est l’autre grand problème du film, l’ombre tutélaire de l’adaptation de Comencini, qui mettait l’accent sur le réalisme pour mieux en faire surgir le merveilleux, plane ostensiblement. Il suffisait de voir Gina Lollobrigida surgir dans une bourrasque de neige, apercevoir une charrette remplie d’enfants crevant la nuit ou entendre quelques notes de la musique inoubliable de Fiorenzo Carpi pour éveiller toute la magie du mythe et réaccorder les rêveries de l’enfance. Ici, le spectacle se suit d’un œil morne, oubliant la fausse légèreté de son modèle, sa fraîcheur, sa modestie… J.M.

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