[I WANT MUSCLES] LĂ©a Pearl s’apprĂȘte Ă  concourir pour le prestigieux titre de Miss Heaven. Son entraĂźneur espĂšre, grĂące Ă  elle, revenir sur le devant de la scĂšne et rien ne pourra les dĂ©tourner de cet objectif. Mais Ă  quelques heures de la finale, l’ex-mari dĂ©barque avec leur enfant, qu’elle n’a pas vu depuis 4 ans. Et si derriĂšre les muscles robustes se cachait un trouble rĂ©el? Plus que la question du bodybuilding fĂ©minin (explorĂ© avec distance pour qu’il n’atomise pas le rĂ©cit) et de la maniĂšre dont il rĂ©vĂšle les corps (pas ce qui intĂ©resse le plus, au fond), ce premier long de Elsa Amiel passionne ailleurs, dans son urgence, dans sa prĂ©caritĂ©, dans ce que signifie tout plaquer pour vivre de son art ou encore vivre exclusivement par, pour et Ă  travers son corps. Et, un peu Ă  la maniĂšre de ce que Aronofsky traquait en filmant Mickey Rourke dans The Wrestler, offre un portrait de femme comme on en voit peu dans notre bon vieux cinĂ©ma franco-français (Julia Föry, crĂ©ature de cinĂ©ma incroyable qui dĂ©tonne), que l’on suit Ă  un moment de sa vie, au moment oĂč elle (comme nous) s’y attend le moins. Un paradoxe ambiant qui avance tĂȘte baissĂ©e pour fuir le passĂ© et esquiver les coups, qui gonfle ses muscles hypertrophiĂ©s pour montrer qu’elle en a et qui renie une partie de sa fĂ©minitĂ© pour rĂ©ussir (et aussi pour oublier qui elle a Ă©tĂ©). Ni la rĂ©alisatrice ni le spectateur ne la jugent. C’est comme ça, on rencontre Pearl comme on la quitte, entre deux concours, comme on rencontre quelqu’un entre deux avions. Et cette tĂ©nuitĂ©, que certains dĂ©ploreront sans doute Ă  une heure du tout-psychologisme, fait au contraire le charme d’un film qui n’Ă©lit aucun territoire, aucune langue, aucune norme, aucun genre. Qui ne ressemble qu’Ă  son hĂ©roĂŻne. C’est tout et ça se respecte. J.F.M.

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