[EVEN COWBOYS GET THE BLUES] Vraie carrière chaos que celle de ce cher Carlos Reygadas qui tente Ă  chaque nouveau film de saisir ce qui le tourmente intimement, lui l’homme qui flippe de la modernitĂ© comme du vice, qui doit affronter ses propres dĂ©mons Ă  chaque plan ainsi que la laideur des hommes, ce MĂ©phisto en chacun de nous – comme celui que l’on voyait dans Faust de Murnau. Comme investi d’une mission secrète, on pressent Reygadas en quĂŞte de vraies rĂ©ponses Ă  ses questions existentielles sur la vie, les choses, les hommes, les femmes, les taureaux… Et les rĂ©ponses ne viennent pas vraiment. Regrets Ă©ternels que de renoncer Ă  rendre compte de la complexitĂ© du monde et de ressasser cette bonne vieille rengaine de Socrate: je sais que je ne sais rien. Ce très intime Nuestro Tiempo raconte les vicissitudes d’un couple (Carlos Reygadas lui-mĂŞme et Natalia Lopez): la femme, Ă©prise, se consume d’amour fou pour un amant des villes; l’homme des champs, dĂ©sarçonnĂ©, flippe que sa femme Ă©chappe Ă  son emprise. Et l’on revient Ă  Murnau dans ce qui prend les atours d’un prolongement thĂ©matique à Post Tenebras Lux, le prĂ©cĂ©dent Reygadas (2012, quand mĂŞme) avec le mĂŞme scandale sexuel, la mĂŞme interrogation cosmique, le mĂŞme repli sur soi, le mĂŞme miroir tendu de l’intime… Conscient de ses faiblesses de mortel mais aussi de sa grandeur de cinĂ©aste, Carlos Reygadas ne triche pas avec ce qu’il est, ni avec ce que les hommes sont (et donc ce que nous sommes). Et son film, tantĂ´t doux comme une caresse tantĂ´t tranchant comme une lame, nous rappelle par endroits, par Ă©clairs fulgurants, par visions fugaces, pourquoi ce cinĂ©aste-lĂ  compte rĂ©ellement pour nous. Comment peut-on en douter après l’extase provoquĂ©e par les dĂ©couvertes de Lumière silencieuse, Japon ou encore Bataille dans le ciel? Mais, si on ne lui discute pas ce talent, fallait-il prendre trois longues heures (on rĂ©pète, three-fucking-hours) pour raconter cette petite histoire d’adultère ne rĂ©clamant pas pareille emphase? Certes, on la sent bien, la perdition dudit couple… et certes, l’on Ă©tait de ceux qui dĂ©fendaient Post Tenebras Lux… et certes encore, on aime les punks qui veulent Ă©tirer du plan, qui refusent le compris, qui se moquent des spectateurs impatients qui soufflent/souffrent, qui hurlent au chaos Ă  chaque plan-sĂ©quence plus Ă©tirĂ© que chez Bela Tarr… mais lĂ , c’est too much, vraiment, dans la complaisance. Si l’on s’accorde tous Ă  dire que le ciel mexicain reste le ciel le plus cinĂ©matographiquement sublime au monde, une heure de moins eut Ă©tĂ© prĂ©fĂ©rable pour le bien de tous. J.F.M.

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