[COMMENT DIT-ON SUPER FILM DE ZOMBIE EN JAPONAIS?] Arrivant enfin dans les salles françaises, Ne coupez pas! est prĂ©cĂ©dĂ© d’une rĂ©putation trĂšs flatteuse acquis dans son propre pays oĂč il est devenu un vĂ©ritable phĂ©nomĂšne mais aussi dans les nombreux festivals oĂč il a fait halte. Faut dire qu’il s’agit d’un film barrĂ© au coĂ»t microscopique (on parle d’un budget riquiqui d’environ 25 000 euros), le premier d’un cinĂ©aste fou, extrĂȘmement prometteur.

Dans une vieille usine dĂ©saffectĂ©e, une Ă©quipe de tournage rĂ©alise un film de zombie fauchĂ© supervisĂ© par un rĂ©alisateur colĂ©rique, alors que les acteurs et les techniciens maronnent entre deux prises, de vĂ©ritables zombies font leurs apparitions, la panique est de mise jusqu’Ă  ce que
 Et on s’arrĂȘtera lĂ . Partant d’un postulat simple, le rĂ©alisateur ne va pas se contenter de proposer simplement une comĂ©die horrifique efficace (pour peu que vous soyez sensible un minimum Ă  l’humour nippon, vous devriez Ă©clater de rire assez souvent). Il va construire un scĂ©nario Ă  l’ambition folle tout en Ă©tant conscient Ă  chaque instant des limites de son budget et des consĂ©quences qui en dĂ©coulent. Jouant avec le principe des mises en abyme superposĂ©es avec une aisance folle et effectuant des plans-sĂ©quences ahurissants, il va Ă©lever minute aprĂšs minute le niveau de son film pour proposer un objet mĂ©ta parfaitement huilĂ©. S’entourant d’une Ă©quipe d’acteurs/techniciens extrĂȘmement investis, son film fournit, passĂ© les vingt premiĂšres minutes, une hilaritĂ© quasi constante tant dans ses choix de mises en scĂšne que dans l’interprĂ©tation des comĂ©diens faussement en roue libre. Pour sĂ»r, il y a du Evil Dead premier du nom dans Ne coupez pas!.

Faux film Z, faux film de zombies, faux film dĂ©bile, vraie comĂ©die et surtout vraie tour de force, Ne coupez pas! est une leçon de mise en scĂšne et d’écriture solide. C’est un bras d’honneur lancĂ© Ă  la face de tous les rĂ©alisateurs bidons qui n’arrivent Ă  rien avec 100 fois plus de budget. En dĂ©montrant qu’avec trĂšs peu on peut rĂ©ussir beaucoup, il est Ă  la fois une leçon et un espoir pour tous les aspirants cinĂ©astes. Eh oui, les cocos, ce n’est pas les financements participatifs Ă  gogo pour enjoliver l’apparence de vos projets qui rendra le tout intĂ©ressant mais bel et bien le talent et la capacitĂ© Ă  faire du manque une qualitĂ© ou du moins une illusion. Ne pas avoir peur d’ĂȘtre con et afficher les limites Ă©conomiques de son projet pour les magnifier, en voilĂ  de l’audace et on n’en avait pas vu pareille depuis longtemps. Si le renouveau d’un pan du cinĂ©ma par une nouvelle gĂ©nĂ©ration de metteur en scĂšne doit passer par lĂ , on signe tout de suite.

GUILLAUME CAMMARATA