Dans l’espace, personne ne vous demandera une capsule de café. 2049. Péchant d’orgueil, l’humanité a empoisonné l’air et dévasté la Terre. Les survivants se sont réfugiés dans des souterrains. Le futur de l’humanité repose ainsi sur une poignée de vaillants hommes et de vaillantes femmes. Dans l’espace, l’équipage d’une navette spatiale est de retour vers la Terre après des années de mission sur K-23, une lune habitable de Jupiter. Mais privés de moyens de communication suite à une traversée mouvementée d’un champ de météorites ayant endommagé les radars de leur station orbitale, lesdits astronautes, partis depuis longtemps, ignorent ce qui les attend une fois de retour. Sur Terre, seul à rester dans une base scientifique polaire désertée, un scientifique de haut rang (George Clooney, who else) tente de prendre contact avec les survivants et de sauver ce qui peut l’être. Pour ce faire, il doit d’urgence traverser la banquise à motoneige pour rejoindre une station météo. Là où les émetteurs-récepteurs fonctionnent encore…

Quoi de mieux qu’une fable apocalyptique pour enterrer l’année 2020? Cette année où l’on a tant manqué de cinéma. George sera-t-il notre Sauveur? C’est en tous cas ce que Netflix espère en diffusant pendant les fêtes de Noël son dernier long métrage dans lequel il joue et réalise tout seul comme un grand, adaptation d’un solide best-seller apocalyptique Good Morning, Midnight (2016), de Lily Brooks-Dalton (édité aux Presses De La Cite, pour info). L’abondance d’interviews dans les grands médias, davantage focalisées sur George Clooney lui-même que sa dernière production, donnait un avant-goût des couilles dans le potage. En apparence, un film de SF avec George pour les fêtes de fin d’année, c’est fort de café, c’est beau comme une pub pour les capsules, c’est rutilant comme un cadeau de Noël ajouté au dernier moment au pied du sapin, cerise sur le gâteau d’une année chiche en cinéma pour combler les jeunes et les vieux, les cinéphiles et les moins. Mais une fois ouvert ledit cadeau, pas grand-chose, voire rien, à se mettre sous la dent. Parce que ce chewing-gum de l’oeil se résume vite à une addition de poncifs lourdauds et provoque une grande impression de déjà-vu. Un sentiment de familiarité renforcé par les ambitions clairement édictées par Clooney lui-même, situant son septième film comme réalisateur entre The Revenant, cette odyssée de survie et de vengeance (très impressionnante mais aussi très grandiloquente) dans l’Ouest américain signée Alejandro González Iñárritu (Minuit dans l’univers et The Revenant partageant d’ailleurs le même scénariste, Mark L. Smith) et Gravity, d’Alfonso Cuarón, déjà avec Clooney, ayant jadis renouvelé la façon de filmer l’apesanteur. Il faudrait ajouter la série Cosmos 99 mais pas sûr que ce soit volontaire…

Certes, on n’a rien contre une odyssée spatiale avec George (le remake de Solaris par Steven Soderbergh dans lequel il avait le premier rôle et dans lequel il apparaissait dans le plus simple appareil) mais avec son sentimentalisme forcé, ses grands messages martelés et sa dimension écolo-cui-cui, l’ennui guette. Et l’on est un peu cueilli, pour ne pas dire refroidi, par le paradoxe voulant qu’avec un genre propice à toutes les aventures (film du genre postapocalyptique), il y ait un tel manque d’originalité, de fantaisie, d’imagination et de vie. Là où le bât blesse non moins, c’est qu’il y a deux films dans Minuit dans l’univers et que l’un (les astronautes en mission, une femme enceinte/Felicity Jones à bord) comme l’autre, où Clooney, seul dans un laboratoire de l’Arctique, condamné par la maladie, livré à lui-même et à sa dépression avant l’apparition d’une petite fille égarée (la mimi Caoilinn Springall), ne sont pas bons. Et le récit suivant ces deux filons parallèles ajoute au parallélisme plombant: George-qui-meurt vs la-Terre-qui-se-meurt.

Du coup, malgré les belles intentions, malgré les nobles ambitions, malgré l’élégante mise en images, malgré les belles leçons sur la (sur)vie données comme au petit-déjeuner devant un bon bol de Ricoré, malgré la musique d’ascenseur d’Alexandre Desplat parcourant cette fable anxiogène-mais-humaniste-malgré-tout à 100 millions de dollars, on se surprend à attendre chaque rebondissement dans un halètement ou un soupir, jusqu’au coup de théâtre final frappé par le gong. Dans ce grand prêchi-prêcha où tout clignote avec premier degré et sentimentalisme, on se raccroche à George Clooney acteur, définitivement plus intéressant que Clooney réalisateur – ses seuls vrais bons films Confessions d’un homme dangereux (2003) et Good Night and Good Luck (2005) sont ses premiers et ne datent pas d’hier! L’oeil triste, alcoolo, esseulé, souffreteux, barbe grise sur un visage marqué par le temps qui passe, il est fascinant à regarder à chaque fois qu’il apparaît. On se console comme on se réchauffe en Arctique: comme on peut. L.T.

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