[MONSTRE Y ES-TU?] Gorge profonde, gorge ouverte, une bergère s’effondre, la tête pendante au milieu d’un troupeau. Shook. Au pied de la cordillère des Andes, des femmes sont ainsi retrouvées sans vie, malmenées, tripotées, défoncées et surtout décapitées, le tout avec des morsures dignes d’un prédateur jamais répertorié. Un paumé, jamais très loin des scènes de meurtres, est martyrisé par des voix incessantes, et évoque l’existence d’un monstre. La police, menée par de drôles de gueules, met la main à la pâte, bien que personne ne semble capable de faire une analyse digne de ce nom.

On l’aura compris, Meurs Monstre Meurs ne cherche pas à nous séduire par sa crédibilité, mais par son atmosphère sensorielle. Le héros, quand il ne danse pas sur des slows tristes, parle d’une voix caverneuse, presque glaireuse à l’oreille, nous guidant sur un chemin escarpé et gluant. L’atmosphère de désolation, assez impressionnante, divague entre un Twin Peaks argentin, un Alien montagnard voire du Fulci rocheux: on est séduit par la décrépitude ambiante, le lyrisme discret (très très belle musique du jeune prodige Alex Nante). Corps décharnés, murs lézardés, orage de cauchemar: la cordillère des Andes y est filmée comme un territoire lovecraftien, immuable, comme intact depuis la nuit des temps, le nez dans les étoiles. On se laisse embarquer malgré les détails abscons sans réponses, malgré la lenteur. Et puis on pense beaucoup à La région sauvage, qui aimait aussi embrasser les monstres tentaculaires et libidineux au service d’un discours radical.

Visuellement, le second film d’Alejandro Fadel l’emporte, jusqu’à son monstre impensable, ouvertement grotesque, qui ferait passer celui du film d’Escalante pour une chimère chaste. Sous le costume, et là vraiment on se pose la question du pourquoi du comment, un Stephane Rideau revenu de nulle part, sex-symbol gay pourtant ici totalement méconnaissable, noyé sous les couches de latex adipeuses. Tout comme son voisin mexicain, Meurs Monstre Meurs fascine autant qu’il irrite, tripotant symboliquement des effluves horrifiques pour mener à un drôle de non-lieu, signifiant un peu plus l’incompatibilité trop fréquente (mais pas irrémédiable hein) entre des prétentions arty et une volonté d’oeuvrer dans l’horreur pure. Le too much chaos dans toute sa splendeur.

JEREMIE MARCHETTI

A lire aussi. Comment Stéphane Rideau s’est retrouvé dans ce film d’horreur pas comme les autres. Il raconte tout au Chaos.  

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