[GLOIRE NATIONALE] Quelques flèches bien senties mises Ă  part, ce dĂ©but d’annĂ©e cinĂ© oscille entre ennui poli et dĂ©sintĂ©rĂŞt total, 2020 peinant Ă  concurrencer un cru 2019 marquĂ©, entre autres Ă©lĂ©gances, par Scorsese, Tarantino et le Bong. Il y a sĂ»rement une petite place Ă  se faire au milieu de ce dĂ©sert : allons voir ce que propose le Lacoste movie de ce dĂ©but d’annĂ©e, celui-lĂ  mĂŞme qui a envahi les couloirs des mĂ©tros parisiens depuis le 15 du mois, espĂ©rant se dĂ©marquer au sein d’un “cinĂ©ma du milieu” pas des plus dynamiques, et qui semble en quĂŞte d’un salut cannois.

On vous avait dĂ©jĂ  dit quelques mots sur ce projet au moment de nos pronostics 2019 justement : Mes jours de gloire est le prolongement de L’enfance d’un chef, prĂ©sentĂ© avec un certain panache Ă  la Semaine de la critique 2016. Ex-enfant star peinant Ă  retrouver un rĂ´le, Adrien (Vincent Lacoste, vous l’aurez compris) digère assez mal son entrĂ©e dans le monde adulte, non pas celui que tout le monde fixe de mauvaise foi Ă  la majoritĂ©, mais bien celui oĂą les copains commencent Ă  monter leur bizness, Ă  se passer la bague au doigt, et mĂŞme Ă  avoir des vellĂ©itĂ©s de propriĂ©tĂ© pour les moins chĂ´meurs d’entre eux. En clair, Adrien a 27 ans, quasiment l’âge du Tanguy d’Étienne Chatiliez, et il sent bien que l’injonction gĂ©nĂ©rale Ă  la rĂ©ussite l’a cruellement mis de cĂ´tĂ©.

S’ajoutent Ă  cela le retour au bercail parental (Emmanuelle Devos et un Christophe Lambert franchement pas glorieux dans sa reprise du Dude lebowskien), les punaises de lit, les rappels de l’administration fiscale, les questions toujours intrusives sur la vie sentimentale, une baisse de libido caractĂ©ristique d’une dĂ©prime imminente… Ça fait beaucoup pour un seul personnage, mais la bonne idĂ©e du film sera de transformer son hĂ©ros en roi de l’esbroufe cherchant toujours Ă  aller de l’avant, plutĂ´t qu’en petite victime quĂ©mandant l’atermoiement du spectateur, rejoignant lĂ  une certaine veine de la comĂ©die Ă  l’italienne qui a fait florès. Ainsi, notre hĂ©ros doinelien ne dĂ©sespère pas de dĂ©crocher le rĂ´le du gĂ©nĂ©ral de Gaulle, un physique qui n’est pas, vous en conviendrez, d’une compatibilitĂ© Ă©vidente avec celui de l’acteur des Beaux gosses (2009).

Le film vise juste quant au malaise d’une gĂ©nĂ©ration prise entre l’Ă©tau de l’ancien monde (le modem 56K) et du nouveau (le speed-watching, les Ă©couteurs sans fil d’Apple) : coincĂ©s entre des boomers privilĂ©giĂ©s et ceux que TNS Sofres labellisent “digital native”, les quasi-trentenaires d’aujourd’hui attendent toujours qu’on leur fasse une petite place. Ainsi, lorsque Adrien et ses deux copains dĂ©barquent Ă  une soirĂ©e costumĂ©e, c’est sans mĂ©nagement que des petits lycĂ©ens au style affirmĂ© les refoulent (“c’est interdit aux plus de 18 ans de toute façon”). Idem quand notre personnage se fait questionner par le personnage jouĂ© par NoĂ©e Abita (que le chaos aime beaucoup) sur l’âge de sa première fois : les nouveaux jeunes commencent leur sexualitĂ©, c’est-Ă -dire leur premier sĂ©same vers une vie rĂ©ussie, bien plus tĂ´t que nos anciens djeuns… On n’est pas seulement en retard sur ses parents, on est en retard sur le monde qui vient : lĂ  ce coming-of-age tardif trouve un point d’appui assez original qui le distingue au sein d’un genre maintes fois arpentĂ© en France comme ailleurs.

On vous prĂ©vient, le film prĂŞte le flanc aux laids nĂ©ologismes de “dramĂ©die” ou d'”adulescence” qu’on retrouvera sans aucun doute dans les JT de M6 mercredi : dĂ©prime hivernale on non, on vous recommande chaleureusement d’aller dĂ©couvrir ce premier long en salle. Ainsi que d’Ă©teindre votre tĂ©lĂ©vision.

PS : Mention spĂ©ciale au POV de l’actrice Marie-Clarence qui prouve que ce Vincent Lacoste a dĂ©cidĂ©ment bon goĂ»t.

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