En dĂ©pit des apparences, May n’est pas une jeune femme comme les autres. Introvertie, timide, elle n’a qu’une seule et vĂ©ritable confidente : une Ă©trange poupĂ©e que ses parents lui ont offerte lorsqu’elle Ă©tait enfant. May aimerait pourtant ĂȘtre aimĂ©e par une personne de chair et de sang. Peut-ĂȘtre Adam, un mĂ©canicien et cinĂ©aste amateur dont elle tombe Ă©perdument amoureuse ?

Encore un film gore de plus qui emprunte des sentiers battus sur un sujet archi-balisé ? RĂ©ponse : non. May, premier long mĂ©trage de Lucky McKee (cinĂ©aste Ă  surveiller de trĂšs prĂšs) n’est pas Ă  ranger dans la catĂ©gorie “film d’horreur pour ados en mal de frayeurs” mais plutĂŽt dans le registre du fantastique intelligent qui a la bonne idĂ©e de mĂ©nager des surprises et – surtout – de ne pas cloisonner ses personnages dans les pires archĂ©types. May balaie les piĂšges et les conventions pour brosser le subtil portrait d’une Ăąme en dĂ©tresse qui n’attend qu’une chose : l’amour. SinguliĂšre, renfermĂ©e, complexĂ©e par un strabisme qu’elle tente de dissimuler, May (Angela Bettis, formidable) se pose des questions sur elle-mĂȘme et son rapport avec les autres. Une femme fragile qui n’arrive pas Ă  ressembler Ă  tout le monde.

La seconde partie, plus incisive que la premiĂšre, s’impose comme une habile transposition du mythe de Frankenstein oĂč la protagoniste dĂ©cide de collecter des membres afin de crĂ©er l’ĂȘtre parfait qui saura entendre et comprendre sa souffrance. C’est une descente aux enfers d’autant plus alarmante que May pourrait ĂȘtre vous ou moi. Elle passe par des vicissitudes auxquelles nous avons tous Ă©tĂ© confrontĂ©s un jour ou l’autre : cristallisation de la personne idĂ©ale, envie d’aller voir ailleurs pour consoler sa misĂšre affective et sexuelle… En humanisant son personnage, Lucky McKee dĂ©passe le cadre confinĂ© de la critique sociale et assĂšne une leçon terrible : il est impossible d’avoir confiance en son prochain.
Refrain dĂ©sormais acquis : sous chaque grand film fantastique se cache un drame humain. Celui de May nous bouleverse. Quelque part entre Dans ma peau de Marina De Van, RĂ©pulsion de Roman Polanski et Kissed de Lynne Stopkewich, trois films prĂ©cieux qui dĂ©cortiquaient les maux de femmes fĂąchĂ©es avec le monde, May est un requiem d’une tristesse absolue oĂč l’amour le plus saignant le dispute au romantisme le plus glacial.

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