Film train-fantôme. La vie de Madison Mitchell est perturbée lorsque de terribles visions viennent la hanter. Quelle est cette créature malveillante qui la poursuit et commet ces meurtres atroces? That’s the question.

C’est la Wan que je préfère. Cela fait bien 15 ans et des poussières qu’on cherche à savoir si James Wan est un fils prodige ou une étonnante imposture. Les chakras bien ouverts, la tolérance au bout du fusil, les jumelles aux rétines, on guette: passeport de petit malin avec Saw, l’enfant difforme et fauché du Se7en, de David Fincher, qui sonnait comme une introduction racoleuse mais engageante (même si on aura du mal à pardonner les suites déglinguées et z, sans compter l’avènement du torture porn qu’il a provoqué). Dead Silence, lui, a rentabilisé son capital sympathie pendant un ou deux ans avant de vieillir à la vitesse de la lumière. Et Insidious, malgré quelques créatures grimaçantes, est rapidement devenu énervant à force de piquer à droite et à gauche, jusqu’à imposer son esthétique Ikea et ses jumpscare comme art de vivre partout sur le genre. En réalité, ce sont les deux Conjuring, où James Wan réussissait enfin à affûter sa mise en scène, qui ont redonné de l’espoir. Derrière le divertissement horrifique, une technique rodée et rien d’autre, mais quelle souplesse, malgré le vide: pas besoin de brancher son cerveau sur les rails du tchoutchou fantôme nous dira-t-on.

C’est donc très excité qu’on attendait Malignant, projet mystère annoncé comme un pseudo-giallo ultra-violent. Un mystère de pacotille puisque, malgré les avertissements du réalisateur sur Twitter (team Clouzot ou Pierre B.Reinhard?), le trailer dévoile 90 % du récit… sans parler du titre qui se révèle lui-même être un spoiler! Si on est un peu rompu aux codes du genre, tout sera certainement plié au bout de vingt minutes (lancez les chronos!). Et qu’avons-nous sur les bras? Une pauvresse cassée de tous les côtés connectée à un tueur sanguinaire, elle assiste à ses exactions alors qu’elle n’avait pas demandé grand-chose. Tueur qui ressemble comme deux gouttes d’eau à Jigsaw (même chevelure garantie sans shampoing, même imper, même voix…), et s’improvise une arme quasi-identique à la dague de Opera. Pour l’innovation, on repassera. Mais avant de sortir les grands couteaux, on peut aussi inspecter les parties tendres: Wan aime sa caméra et joue les tournicoti-tournicota pour le prouver ou choisit très bien ses lieux de villégiatures, entre bicoque sans âge, asile abandonné au bord d’une falaise, appartement arrosé de néons rouges (à n’en pas douter, la signature Wan), commissariat aux allures de halle mortifère, Seattle souterrain… Ce qui n’empêche pas à côté de se retrouver avec un générique de début qui donne l’impression d’être revenu en 2004. À l’heure qu’il est, le revival est encore un peu tôt (et non souhaité)…

Dirigeant (fort mal) un casting de quiches probablement appelé pour réduire les coûts (bon sang mais qui sont ces gens?), Wan semble étrangement se faire plaisir à tourner cette série b d’horreur anachronique… sans réussir à communiquer le mojo qui l’a poussé à convaincre les exécutifs de la Warner, les mêmes ayant enchaîné Space Jam 2 et The Suicide Squad, d’autres témoins d’une belle époque malade. Lors d’un dernier acte embrassant à pleine bouche un des trois twists interdits du cinéma de genre, on assiste à un concours JohnWatersien de drag-queen/kings étranglé par un avatar gore de Matrix. Que dire? Quoi faire? Quoi penser? Saluer l’audace ou faire claquer le fauteuil? Le grand écart grand-guignolesque, bien que louable dans sa bêtise, opère assez mal sa mue, et on reste un peu interdit face à ce mélange de pirouettes qui tâchent et de premier degré digne d’un téléfilm de mardi après-midi sur TF1. Comme dirait une Sophie Davant passablement irritée par le trentième brocanteur collant dans sa cultissime émission Affaire conclue: «la sortie, c’est par là». J.M.

LA PAROLE À LA DÉFENSE
Parce que le film nous divise un peu, notre journaliste Morgan Bizet a un petit encart pour venir à la rescousse du dernier James Wan.
«Nouvelle incursion dans l’horreur pour James Wan, après un passage chez DC Comics (le réjouissant Aquaman), Malignant est toutefois plus proche de Insidious que de sa saga phare Conjuring. En effet, ce retour à l’horreur ravive la veine la plus baroque du cinéma de James Wan. La maestria visuelle, via des idées folles de mise en scène (travellings aériens, glitch de l’image) côtoient une intrigue aberrante, portée par des acteurs anonymes, de seconde zone, mais paradoxalement attachants. Malignant paraît sortir d’un vortex temporel, comme s’il avait été manufacturé dans les années 80 et 90. On pense beaucoup à Shocker de Wes Craven, à Freddy 4 ou encore à Basket Case de Henenlotter pendant les trois premiers quarts du film. Après la révélation d’un twist fou, Malignant vire vers une dernière partie où le giallo se mêle au wu xia pan, dans un écrin ultra gore. Inégal et imparfait, Malignant s’impose toutefois comme une alternative crédible aux films de possession engendrés par le modèle Conjuring et aux productions A24.» M.B.

 

LAISSER UN COMMENTAIRE

S'il vous plaît entrez votre commentaire!
S'il vous plaît entrez votre nom ici