Bonjour, vous êtes Madame Claude? Fin des années 1960, Madame Claude (Karole Rocher) règne sur Paris et au-delà grâce à son commerce florissant. En réinventant les codes de la prostitution, en empruntant ceux de la bourgeoisie et en s’inventant un passé respectable, elle est devenue une femme d’affaires redoutée et estimée du monde politique au grand banditisme. Femme de pouvoir dans un milieu et une époque d’hommes, à la veille des grands mouvements de libération de la femme, elle sera aussi le témoin de la fin d’une époque. Sa rencontre avec Sidonie (Garance Marillier), son opposée mais aussi son alter ego, sera imperceptiblement le fil conducteur de l’érosion de son empire.

Mais calwme-toi, cherwwwie. Tombé pour la France, Madame Claude voit son destin en salles répudié, choisissant la voie Netflixienne. Osons le dire tout de suite, on a bien eu du mal à imaginer l’inverse, tant ce biopic chic (et pas franchement choc) ressemble ouvertement à un téléfilm de luxe. Voix off et sexy sixties, les premières images annoncent du Scorsese du pauvre: puis ça se ressaisit, ça prend son rythme et ses marques et… ça ne décolle plus. On regarde tout ça du coin de l’œil, en attendant vaguement de voir les têtes connues (la trop rare Mylene Jampanoï se laisse ligoter, Biolay derrière un bureau qui fume, Paul Hamy en beau salaud…).

La plus célèbre des proxénètes de France avait eu droit à son film en pleine vague de l’érotisme tendance dans les années 70 et l’idée de cette nouvelle monture étant de se situer aussi loin que possible de la roman-photo energy de la prod’ ringarde de Just Jaeckin, où Klaus Kinski et Murray Head venaient faire coucou pour les beaux yeux de Dayle – Spermula – Haddon sous les notes de Gainsbourg. Une autre époque, oui. Alors pourquoi pas hein, le refus du glamour, le regard actuel, les zones d’ombres, les parenthèses d’espionnages et pot-vin-land: fini la Madame Claude de papier glacé. Sauf que voilà, là non plus ça ne fonctionne pas: le biopic vintage made in France, ce genre à piège dont on garde assez peu de réussites en tête (Cloclo, à tout hasard), demande beaucoup de moyens et une vraie vision pour ne pas tomber dans l’excès de froufrou… ou la fadeur de pierre tombale.

Car le gros problème de Madame Claude, c’est son absence d’ambition visuelle et de souffle, sa photo dévitalisée, son sérieux papal (eh oui, on aurait préféré un peu de camp, que voulez-vous…), son absence d’audace et il faut le dire, de cinéma. Karine Rocher fait acte de présence, se démène au milieu des jolies plantes (dont une Garance Marillier qui ravira les fans de Grave), mais s’avère trop peu ressemblante à l’image qu’on pouvait se représenter de cette maxi-pimp des années Pompidou, qu’on peut estimer plus proche de Françoise Fabian ou de la Geneviève Page de Belle de Jour. Cette Madame Claude a peur du faste et de tout ce qui pique, et on aura beau attendre, pas de Geny G en vue pour nous susurrer «tu es une pioute et tu restewra une pioute». J.M.

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