[DOLAN WATCH THE STARS] Dans une scène mĂ©morable, on entend le remix du Sulk de Trust par Eight and a half. On y voit le John F. Donovan du titre, interprĂ©tĂ© par Kit Harrington, ivre d’alcool et de cĂ©lĂ©britĂ© montante, arpenter un club. DĂ©sinhibĂ©, il se lâche, se rĂ©vèle tel qu’il est vraiment, sans l’image publique qu’il a dĂ» s’imposer pour faire prospĂ©rer sa carrière. Un beau-gosse le rejoint, se rapproche de lui; et, sans transition, nous les voyons dans un autre espace, s’enlacer, se caresser, se sucer. La scène est simple, les paroles de la chanson parfaitement en adĂ©quation et une incroyable Ă©nergie triste Ă©mane de cette Ă©treinte. Tempo, lumière, musique, montage, Ă©motion, tout le gĂ©nie de Dolan nous explose Ă  la gueule. C’est pour ce genre de fulgurances que l’on aime son cinĂ©ma. Or, le premier constat Ă  la sortie des deux longues heures de Ma vie avec John F. Donovan, c’est Ă  quel point elles ont Ă©tĂ© rares, ces fulgurances… L’histoire? Trois salles, trois ambiances dans cette correspondance secrète entre un jeune garçon parlant mieux que les adultes (Jacob Tremblay) et la star montante d’une sĂ©rie pour ados en carton (Kit Harington). La première est la version soft et rallongĂ©e du clip Collège boy rĂ©alisĂ© pour Indochine par Xavier himself: les mĂŞmes plans dans la salle de classe, les mĂŞmes murmures moqueurs de camarades intolĂ©rants et vicelards qui vont faire de notre petit hĂ©ros solitaire la tĂŞte de turc de l’école parce que supposĂ©ment gay. La seconde correspond Ă  l’autre cĂ´tĂ© du miroir soit la vie de John F. Donovan, acteur dĂ©primĂ© qui trouve dans la rĂ©daction de lettre Ă  son petit fan le moyen de se libĂ©rer de la pression et des secrets qui lui bouffent l’existence. Bien sĂ»r, les deux univers qui se tournent autour sans jamais se rencontrer partagent un point commun non nĂ©gligeable: des personnages de mères charismatiques (Susan Sarandon pour l’un, Natalie Portman pour l’autre). Toute cette histoire est narrĂ©e depuis un bar de Prague entre le petit Rupert devenu grand et une journaliste (Thandie Newton), «pas du tout» spĂ©cialisĂ©e dans ce style d’interview. D’abord pressĂ©e et agacĂ©e par l’apparente vacuitĂ© de ce qu’on lui raconte, il suffira d’une seule phrase bien placĂ©e par l’ancien merdeux pour lui faire changer d’avis tel un coup de bĂ»che dans la tronche (Laurence Anyways, bonjour). Ce long mĂ©trage bizarrement fichu se rĂ©vèle rĂ©ellement Ă©trange aussi bien pour Dolan que pour celui qui suit attentivement sa carrière: on perçoit un sujet très intime (le gamin ostracisĂ© par les autres qui correspond avec une star, c’est Dolan lui-mĂŞme qui, Ă  8 ans, a envoyĂ© une lettre Ă  Leonardo DiCaprio); on ressent un traitement très dĂ©tachĂ©. Comme si au fond Dolan Ă©tait passĂ© de l’autre cĂ´tĂ© du miroir, que le coeur n’y Ă©tait plus et que ce fantasme d’histoire, sans doute imaginĂ© Ă  l’enfance par son auteur, voyait son exaucement, son accomplissement trop tardivement façon fantasme qui dĂ©bande. D’oĂą l’impression d’assister Ă  un menu maxi best of Dolan et ce jusqu’Ă  l’embarras, avec ze sempiternelle playlist chic avec du Dalida et du Adèle Ă  fond les ballons. On attendait mieux. Bien sĂ»r, on pourra arguer qu’il n’y a aucun mal Ă  vouloir faire plaisir Ă  ses aficionados ou Ă  se faire plaisir soi-mĂŞme. Mais tout est presque, tout est trop. Par exemple, quand la star Kit Harrington s’en prend Ă  un collègue moqueur en le frappant et en lui hurlant son mal-ĂŞtre en pleine face, on est presque touchĂ© mais la scène suivante intervient trop vite. Quand la maman Natalie Portman et son fils Jacob Tremblay se retrouvent et que la pluie, la musique et le ralenti viennent sursignifier ce moment voulu d’émotion, on bascule dans le too-much. Bref, faute de raviver l’alchimie magique de Mommy – tant cherchĂ©e par Dolan, d’ailleurs -, ça ne prend pas et c’est fort dommage pour les efforts mĂ©ritoires de nos acteurs stars qui, Ă  l’exception de Kathy Bates semblant avoir confondu le plateau du Dolan avec celui d’American Horror Story, mettent tous du coeur Ă  l’ouvrage. Pas de quoi s’Ă©nerver (Dolan n’a que 29 ans, for Christ’s sake!). Mais, la prochaine fois Xavier, plutĂ´t que l’overdose, le nombrilisme, l’autocitation et la dĂ©monstration bigger lourder d’un talent que personne ne remet en cause, donne-nous simplement du cinĂ©ma.

GUILLAUME CAMMARATA

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