Lux Æterna s’inscrit comme le quatrième objet issu du projet Self. Une initiative de la maison Saint Laurent qui nous avait déjà gratifiée d’un surprenant court-métrage réalisé par Bret Easton Ellis. Contacté par Anthony Vaccarello, le directeur artistique de ladite maison, Gaspar Noé a pondu en un temps record un film qui parle de sorcières. Pour replacer un peu l’intrigue, l’action se situe sur un plateau de tournage bordélique ou tout le monde braille et ou rien ne s’enclenche correctement. Les producteurs veulent virer Béatrice Dalle qui réalise ici son premier film. Son chef-opérateur lui tire la tronche comme un gamin (Maxime Ruiz extraordinairement drôle). La vedette Charlotte Gainsbourg n’est pas dans le mood et s’inquiète car son gosse resté à New York s’est fait bizuter. Les top models américaines ne savent pas pourquoi elles sont là. Des opportunistes grappillent la moindre bouffée d’air pour promouvoir leurs propres projets. La maquilleuse fait chier, le coiffeur aussi. Le reste de l’équipe s’adonne à un commérage malsain, pourrissant déjà une ambiance pas jojo. Du coup, tout empire sous une forme d’engueulade kafkaïenne interminable qu’un coup de tonnerre va littéralement faire dézinguer. Ça semble drôle dit comme ça et le plus génial c’est que ça l’est vraiment. Car c’est justement dans cette ébullition de coups bas et de remarques crasses que quelque chose fini par émerger. Le CHAOS pur et total, sonore et éblouissant. Un CHAOS tellement tétanisant pour les protagonistes qu’il procure à l’inverse chez le spectateur une grosse euphorie.

La méthode d’improvisation des dialogues que le cinéaste affectionne paye une fois de plus ici. En laissant s’exprimer sans contrainte ses protagonistes et en récupérant au montage les meilleurs moments et les meilleures phrases, Gaspar Noé livre un objet méta fortement expérimental et complètement jouissif. Un délire stylisé et sapé comme jamais où tout sonne vrai parce que tout est faux. Et qui s’impose mine de rien comme le film le plus drôle de son auteur. Un humour (très) noir qui résonne dans le malheur des autres dans les phrases et les actions bâtardes. Et nous, bien assis dans notre siège en petit contemplateur du désastre, bien contents d’être en dehors de tout ce merdier clignotant, on jubile à mort. Le désespoir aveuglant de la pauvre Beatrice, clouée au pilori, faisant écho au sujet même de son film d’inquisition. A la fin, on se dit que c’est à la fois trop et pas assez. On se surprend même à regretter une once de radicalité supplémentaire, masos que nous sommes devant l’œuvre du gourou chauve aux néons. Ce serait faire la fine bouche sur ces visions hallucinées que seuls les cinéastes de la trempe de Noé sont encore capables de nous procurer. Vous allez voir, vous aussi, cette lumière éternelle va vous éblouir. Avant de vous quitter, un conseil Chaos: si à la fin, vous vous sentez en manque de stroboscope et de sorcières brûlées au bûcher, découvrez ou revoyez La belladone de la tristesse de Eiichi Yamamoto (1973). C’est peu ou prou ce à quoi aurait ressemblé le film de BéaBombe s’il n’avait pas sombré avec nous dans les profondeurs du CHAOS. G.C.

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