[LE SILENCE EST D’OR] De silence, il en sera question. Le rĂ©cit commence dans le noir, sur une pirogue qui progresse le long d’un fleuve. Dès le dĂ©but du film, la rĂ©alisatrice Beatriz Seigner nous plonge dans un univers mystique ouvert au sensible oĂą le son est important, fruit d’une nature sauvage et vĂ©gĂ©tale. Ouvrez bien grand l’esprit et les oreilles, tendez les yeux et laissez-vous guider par l’image qui vient s’approcher progressivement des Ă©toiles. Si vous aviez vu Braguino de ClĂ©ment Cogitore, vous vous souvenez peut-ĂŞtre des dernières images oĂą la camĂ©ra du cinĂ©aste suivait la lueur d’une lampe torche, la nuit, sur le territoire des Braguine. Ici, le film commence de cette manière. Alors que nous sommes plongĂ©s dans l’obscuritĂ©, comme arrachĂ©s Ă  la nuit, nous ne voyons rien, seulement des points de lumière au loin et ce que la lampe torche Ă©claire sur le bord du rivage. Les deux sĂ©quences se rĂ©pondent mine de rien dans l’idĂ©e de l’exploration d’un territoire, d’un monde plongĂ© dans l’obscuritĂ© et oĂą les personnages tentent de chercher refuge pour y vivre libres – une façon de symboliser cette traversĂ©e d’un monde inexplorĂ© pour devenir visible.

Los Silencios raconte l’histoire de trois personnages, Nuri 12 ans, Fabio 9 ans, et leur mère qui arrivent dans une petite ile au milieu de l’Amazonie, aux frontières du BrĂ©sil, de la Colombie et du PĂ©rou. Ils ont fui le conflit armĂ© colombienne, durant lequel leur père a disparu. Un jour, celui-ci rĂ©apparait mystĂ©rieusement dans leur nouvelle maison. D’un cĂ´tĂ©, la dimension politique; de l’autre, la vision poĂ©tique et mystique. Deux blocs apparemment hĂ©tĂ©roclites qui viennent se confondre et se mĂ©langer magnifiquement, pour donner lieu Ă  une petite rĂ©ussite inattendue, un film existentiel et humaniste. Au profit d’un irrĂ©alisme trop manifeste qui aurait pu noyer l’ensemble dans les eaux troubles de la dĂ©monstration, la cinĂ©aste brĂ©silienne explore un monde filmĂ© avec dĂ©licatesse, parcouru de manifestations irrĂ©elles dans un drĂ´le d’espace-temps. Une balade ambigue entre un entre-deux oĂą la coexistence entre les morts et les vivants se rĂ©vèle prĂ©sente.

Alors que la famille se rĂ©fugie dans cette ville implantĂ©e au milieu de la forĂŞt, le film s’attache Ă  cette mère qui se bat pour faire vivre sa famille. Le rythme est lent comme une errance que le spectateur vivra de plein fouet. De ce point de vue, le film pourrait rappeler les visions lancĂ©es par Apichatpong Weerasethakul, soit celles d’un rĂŞve Ă©veillĂ©. On dĂ©couvre yeux Ă©blouis l’errance d’une famille qui n’attend qu’une chose: que l’on retrouve les corps disparus de leurs dĂ©funts pour, enfin, faire le travail de deuil. Le film ne serait finalement que ce calme après la tempĂŞte, silencieux et dĂ©sertique, nous disant au fond que la fin du monde n’est rien d’autre que son dĂ©but. Comme le souligne la dernière partie du film, Los Silencios est donc le constat d’un film fort sur la lutte constante pour une vie nouvelle: peu de mots mais un cĹ“ur gros comme ça.

THEO MICHEL

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