[CRITIQUE] L’ORIGINE DU MONDE de Laurent Lafitte

0
317

Oedipe is your love. Jean-Louis (Laurent Lafitte), un avocat en vue, réalise un beau jour que son coeur s’est arrêté de battre, alors qu’il continue de vivre. Ni son épouse médusée (Karine Viard), ni son ami vétérinaire Michel (Vincent Macaigne), ne trouvent d’explication. En désespoir de cause, Jean-Louis accepte de consulter une coach de vie (Nicole Garcia), également marabout. Pour cette spécialiste des sciences occultes, la seule solution est que Jean-Louis prenne en photo… le sexe de sa mère, objet selon elle de ses tourments.

Pour celle ou celui qui avait assisté à ses sorties à Cannes et aux Césars, il ne faisait aucun doute que Laurent Lafitte cachait bien son jeu et attendait patiemment son heure pour cracher son fiel. Ce coup d’essai sera la bonne occasion. Précédé d’une drôle de promo et d’un buzz so shocking, cette adaptation de L’origine du monde, une pièce de Sebastien Thiery créée en 2013, a patiemment attendu la crise sanitaire avant de sortir sur nos écrans. Alors forcément, on s’est imaginé des choses… Au dépouillement presque grossier de la pièce, Laffite joue sur la surenchère bourgeoise: après un coït raté, il filme ostensiblement tout l’attirail de réussite d’un couple qui a à la fois tout et rien. Monsieur s’emmerde, monsieur broie du noir et monsieur est mort à l’intérieur, littéralement: un soir, il se rend compte que son coeur ne bat plus! Sur les conseils d’un gourou sorcière (géniale Nicole Garcia, qui confirme avec OVNI(S), que les rôles de cold bitch lui vont très bien), il doit prendre une photo du sexe de sa mère pour rétablir l’équilibre cosmique. C’est qu’on dirait presque un tour de psychomagie à la Jodorowsky!

Là où toute personne censée aurait tenté d’argumenter la chose, aussi gênante soit-elle, les personnages de L’origine du monde (Lafitte en vivant mort, Karin Viard qui fait la fofolle as usual, Vincent Macaigne méconnaissable en François Hollande de la lose) décident de prendre les pires décisions possibles. Si le fond s’aventure dans des cavernes de hontes qui feraient frétiller un Sigmund Freud, on reste tout de même dans de la pièce de boulevard, avec des bourgeois crapahutant dans des 150 m2, claquant les portes à loisir et faisant voler les ceintures quand ils ne cherchent pas à soulever la robe de la pauvre Hélène Vincent (qui aura son heure de gloire dans un twist zinzin débusquant les squelettes dans le placard de la grande bourgeoisie). La gêne l’emporte parfois sur le rire, et vice versa, mais Lafitte a quand même bien du mal à aller plus haut que la bouffonnerie façon Au théâtre ce soir, aussi scabreuse soit-elle. Le bonhomme s’imagine sûrement sur les terrains de Ferreri, Pasolini ou de Buñuel, sans en retrouver la rugosité ou le plaisir de cinéma. Certains gags gratuits, pour ne pas dire désolants (le passage dans les bois ou les escapades oniriques trashouilles), tentent de combler les trous du passage à l’écran, en vain. C’est du cinéma wannabe chaos, en somme. Mais pas banal, c’est sûr. J.M.

TOUT LE MONDE À POIL!
L’Origine du monde, c’est certes le titre du film réalisé par Laurent Lafitte, et c’est aussi, bien sûr, le nom d’un fameux tableau de Gustave Courbet (à gauche). Œuvre qui fut cachée pendant 125 ans et qui était, il n’y a pas si longtemps, interdite d’exposition sur Facebook. Un tableau petit par la taille, mais immense par son histoire. Exposé pour la première fois en public en 1988, il a été pendant vingt-cinq ans la propriété de Jacques Lacan qui le dissimulait sous une oeuvre trompe-l’oeil. Dès sa création, le tableau avait vocation à être caché. Commandé par le collectionneur turc Khalil-Bey, il intègre sa collection d’œuvres érotiques, montrées à un public averti, en 1866, aux côtés par exemple du Bain Turc de Ingres. Vendu par Khalil-Bey, il voyage de mains en mains, dissimulé derrière un autre tableau de Courbet, un paysage représentant le château de Blonay. Quand le psychanalyste Jacques Lacan le rachète en 1955, il le fait cacher derrière un nouveau tableau qu’il commande à son beau-frère André Masson : Terre érotique, à travers lequel on reconnaît les traits du modèle du tableau. La question qui subsiste aujourd’hui est de savoir si ce nu existe pour lui-même ou s’il s’agissait d’un fragment d’un tableau plus grand. Une thèse maintes fois avancée, et presque autant de fois déconstruite.  

LAISSER UN COMMENTAIRE

S'il vous plaît entrez votre commentaire!
S'il vous plaît entrez votre nom ici