Lillian est inspiré de l’histoire vraie de Lilian Alling, une femme d’origine russe qui, en 1927, a quitté New York avec pour projet de rejoindre la Russie en passant par le detroit de Bering. La dernière fois qu’elle a été vue, c’était dans une forêt du nord du Canada. Après, elle a disparu à jamais. Fasciné pendant des années par cette histoire quasi légendaire, le photographe et documentariste autrichien Andreas Horvath a décidé d’en faire le sujet de son premier long métrage. Sans script et avec une équipe de cinq personnes, il est parti pendant des mois sur les traces de son personnage incarné par la danseuse et photographe polonaise Patrycja Planik. Ensemble, ils ont réinventé le parcours de Lillian à travers une Amérique à la fois intemporelle et contemporaine. Le périple commence à New York chez un producteur de films porno qui fait comprendre à Lillian que son book est bien pour la mode, mais pas pour l’activité qu’il pratique. Sans compter qu’elle a un passeport qui risque de lui attirer, en tant qu’employeur potentiel, l’attention des services de l’immigration. Il lui conseille donc de retourner en Russie, ce qui semble déclencher chez Lillian le besoin de quitter cette ville dont on devine qu’elle a fait le tour.

La suite est un road movie à pied et sans paroles. Sans les siennes en tout cas, elle se tait par prudence. Elle survit au jour le jour, se servant selon ses besoins et les opportunités, parfois dans des maisons abandonnées. Parfois elle vole dans des friperies. Les gens qu’elle croise sont les rescapés d’une Amérique rurale qui se dépeuple, et la plupart (joués par des non professionnels) sont plutôt bienveillants, à l’exception d’un redneck auquel elle échappe de justesse. Les dangers ne manquent pas, notamment lorsqu’elle emprunte une tronçon tristement célèbre pour ses disparitions de femmes seules. La nature est son amie, mais aussi un adversaire de plus en plus dur à mesure que l’hiver approche et s’installe. Le shérif d’un des derniers villages qu’elle traverse tente de la retenir parce qu’au-delà, il n’y a aucun abri. Même si l’enregistrement non programmé des évènements relève d’une approche documentaire, il y a quand même chez Horvath une bonne part de stylisation. Il filme comme un photographe, avec un regard affûté pour raconter l’atmosphère d’un lieu en multipliant des détails signifiants et pittoresques. Il sait aussi garder et mettre en valeur ce qu’il y a de visuellement séduisant. En tout cas, il fait partager sa fascination pour cette histoire d’une dissolution dans la nature, sans explication ni psychologie, et il réussit à la rendre viscéralement réelle, jusqu’à une fin qui ouvre dans une autre dimension, celle de la mythologie. G.D.

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