[PAR ICI LA SORTIE] La nuit a dévoré le monde, Un couteau dans le coeur, Revenge, Les garçons sauvages, Climax, Ghostland… qu’elle soit feu de paille ou première fumée, l’année 2018 fut particulièrement vigoureuse et chaos pour le cinéma de genre français. En attendant la suite des événements, 2019 débute donc par L’heure de la sortie, pas vraiment vendu comme tel mais qui oui ma bonne dame, se révèle être en définitive un authentique thriller fantastique. Soit la nouvelle tentative un peu inclassable de Sébastien Marnier après Irréprochable, coup d’essai timoré s’arrêtant là pile où il devenait intéressant mais qui distillait une tension et une envie plutôt prometteuses pour la suite des événements (et puis Marina Foïs forever). Pour son second long, Marnier adapte un roman de Christophe Dufossé et se prend direct les pieds dans le tapis. Ouille. Tel George Sanders face aux petits blondinets du Village des Damnés, Laurent Lafitte se fait tenir tête par un groupe d’élèves surdoués traversant les couloirs d’un collège privé avec une morgue qui ne peut que retenir l’attention. Problème et pas des moindres: si faire des gosses de riches arrogants et têtes-à-claques une source d’angoisse se révèle le moteur principal du film, ça ne marche jamais. Ce qu’on voit à l’écran est bizarrement drôle, pas toujours volontairement, et ce n’est pas Emmanuelle Bercot en prof de musique aux cheveux rouges qui dira le contraire. Les seconds rôles, d’ailleurs bien castés (Gregory Montel, Pascal Greggory, Thomas Scimeca ou Gringe), finissent par acquérir une valeur décorative fort décevante, alors que de l’autre côté, les leurres à la Kafka (cité ouvertement hélas) ou à la Polanski échouent. Quant aux p’tites têtes qui ont certainement regardé trop de Haneke, elles froncent les sourcils à loisir et ont le droit de massacrer (et deux fois s’il vous plaît) Free Money de Patti Smith. Grosse trouille, ouais. On ne peut cependant pas enlever quelque chose à l’entreprise, constamment au bord du gouffre: Marnier ne se débrouille pas trop mal côté mise en scène, même avec un twist qu’on aura grillé dès la première demi-heure (car oui, c’est un film à twist, comme si la vie n’était pas assez dure) voire juste en regardant l’affiche. On y sauve également le score du groupe Zombie Zombie, aérien et inquiétant, mais appartenant visiblement à un autre film. Bref, on connaît pas l’heure de la sortie, mais le chemin, c’est par là…

JÉRÉMIE MARCHETTI

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