Une sage-femme enquĂȘte sur l’identitĂ© d’une adolescente Russe, morte en couche, le soir de NoĂ«l. En lisant son journal intime, elle dĂ©couvre son ancienne vie de prostituĂ©e, mĂȘlĂ©e malgrĂ© elle aux agissements d’un groupe de proxĂ©nĂštes (Viggo, Cassel et cie). Et si elle allait confondre sa vie avec celle de la dĂ©funte pour faire Ă©clater la morale ?

AprĂšs l’éblouissant History of violence, David Cronenberg revient avec une nouvelle affaire de gangsters qui a priori laisse craindre le fĂącheux thriller acadĂ©mique qui applique paresseusement une formule. Que nenni : s’il part de ficelles classiques pour rĂ©vĂ©ler progressivement des zones d’ombre insoupçonnĂ©es, le film viscĂ©ralement cronenbergien rĂ©ussit Ă  renouveler l’impact Ă©motionnel de l’opus prĂ©cĂ©dent avec une virtuositĂ© sidĂ©rante. D’un bout Ă  l’autre, le cinĂ©aste prend l’intrigue comme prĂ©texte mĂ©lodramatique pour traiter en creux ses thĂ©matiques chĂ©ries : questionner l’identitĂ© morcelĂ©e des personnages, sonder l’ambiguĂŻtĂ© des sentiments, mĂ©langer le plaisir et la souffrance, mettre au mĂȘme niveau le sexe et la violence. Et dĂ©peindre des personnages confrontĂ©s Ă  leurs dĂ©mons intĂ©rieurs : une sage-femme qui remonte ses origines russes, un gangster qui assume ses sentiments trop longtemps refoulĂ©s. De la complexitĂ© brute sous l’apparente simplicitĂ© des Ă©vĂ©nements.

Une scĂšne anthologique dans un hammam oĂč Viggo Mortensen, totalement dĂ©poilĂ©, affronte deux tueurs tchĂ©tchĂšnes constitue non seulement une audace suprĂȘme, Ă©voquant le meilleur du Cronenberg des annĂ©es 80, mais surtout donne une cohĂ©rence inouĂŻe Ă  la dramaturgie, rĂ©duisant ainsi une petite crapule Ă  un homme nu, sans Ă©corce, sans carapace. Avec ses Ă©motions brutes. Si le cinĂ©aste donne une importance sacro-sainte au rĂ©alisme des situations, il ne se prive pas pour utiliser des connotations bibliques, ni mĂȘme amplifier une dimension shakespearienne qui pousse les personnages de ces Promesses Ă  franchir des barriĂšres sociales et morales. En suivant cette logique, la scĂšne finale qui rĂ©sume Ă  elle seule le va-et-vient permanent entre grotesque et tragique n’en est que plus poignante. Cette histoire de bad guys et de poupĂ©es brisĂ©es qui trouvent la rĂ©demption dans l’amour, prennent conscience du coĂ»t de la vie et rĂ©clament leur part d’humanitĂ© perdue foudroie le regard et nous cueille. En beautĂ©.

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