[TEMPĂŠTE DANS TA TĂŠTE] Qui n’a pas fantasmĂ© au moins une fois dans sa vie que le lieu de sa tendre enfance/adolescence Ă©tait source de mystères? Qui n’a pas rĂŞvĂ©, Ă  la bordure d’une forĂŞt, qu’elle ou il vivait dans un monde Ă  la Twin Peaks oĂą l’environnement rassurant et familier cachait en rĂ©alitĂ© des zones d’ombre et des choses que le monde entier composĂ© d’ĂŞtres fantoches rangĂ©s dans le conformisme, ignorent, ne peuvent pas voir, encore moins comprendre? Venu du documentaire et ivre de frontières, Blaise Harrison explore ce fantasme singulier et universel de l’Ă©trangetĂ© dans le champ (chant?) de l’intime, façon ode Ă  l’imaginaire, en nous conviant gĂ©nĂ©reusement dans son monde Ă  lui. C’est-Ă -dire lĂ -bas, Ă  la frontière franco-suisse, entre l’austère massif du Jura et Genève, sur un territoire prompt Ă  rendre quiconque accro Ă  la mĂ©lancolie et oĂą, Ă  croire son auteur, il se passe des choses vraiment Ă©tranges. Pour nous donner envie d’y croire, il se projette en un double fictif: P.A. (Paul-AndrĂ© mais P.A., c’est mieux), ado banal (insignifiant en apparence, riche en profondeur) qui passe sa dernière annĂ©e au lycĂ©e avec sa bande de potes, taraudĂ© par la peur secrète de les perdre de vue incessamment. Pendant ce temps, ailleurs, Ă  100 mètres sous leurs pieds, l’accĂ©lĂ©rateur de particules le plus puissant du monde provoque des collisions de protons pour recrĂ©er les conditions d’énergie du Big Bang et dĂ©tecter des particules inconnues Ă  ce jour. De quoi Ă©branler le monde entier? A moins que ce ne soit que le sĂ©isme intĂ©rieur d’un post-ado en pleine mutation qui ne veut pas rejoindre le monde des adultes?

Faire un film avec toutes ces particules du chaos, a priori, rien de plus sĂ©duisant pour nous. Mais pourquoi passe-t-on, avec de si belles promesses et de si nobles intentions, avec toutes ces tentations du fantastique et ces visions chĂ©ries du bizarre provoquĂ©es par tous ces phĂ©nomènes, l’intĂ©gralitĂ© du long mĂ©trage Ă  se demander pourquoi on reste finalement sur des rails si plan-plan? Soit ceux du conte initiatique dans un Ă©crin grisou avec son hĂ©ros inadaptĂ©, ses amis glabres dans le vent, son disparu de Saint-Agil et son histoire d’amour potentiellement salvatrice. MalgrĂ© une rĂ©elle inventivitĂ© plastique laissant augurer de beaux lendemains, rien ne dĂ©colle vraiment pour cause, et c’est horrible de le confesser, de trop grande familiaritĂ© avec cet univers-lĂ  et l’on se dit qu’un peu de tremblement, un peu d’inattendu et donc de vrai mystère, ne feraient pas de mal Ă  cette agitation post-Donnie Darko un rien mĂ©canique. Reste que lorsque l’on dĂ©croche lentement mais sĂ»rement de la mĂ©taphore trop souvent filĂ©e, on se raccroche Ă  la sincĂ©ritĂ© du jeune comĂ©dien Thomas Daloz qui ne triche jamais et dont la touchante gaucherie se rĂ©vèle plus signifiante que bien des effets en carton.

JEAN-FRANCOIS MADAMOUR

ÇA EXISTE VRAIMENT!
Ambitieux, le rĂ©alisateur Blaise Harrison a situĂ© son premier long de fiction dans le Pays de Gex, rĂ©gion situĂ©e entre la grande mĂ©tropole genevoise et la nature la plus sauvage du Haut-Jura dans laquelle il a grandi. Et, surprise pour ceux qui en doutaient encore, s’y trouve effectivement en sous-sol un accĂ©lĂ©rateur de particules du CERN, le plus grand et le plus puissant du monde, ayant officiellement dĂ©marrĂ© le 10 septembre 2008. P.F.

 

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