Au dĂ©but des annĂ©es 1980, la guerre entre les parrains de la mafia sicilienne est Ă  son comble. Tommaso Buscetta, membre de Cosa Nostra, fuit son pays pour se cacher au BrĂ©sil. Pendant ce temps, en Italie, les règlements de comptes s’enchaĂ®nent, et les proches de Buscetta sont assassinĂ©s les uns après les autres. ArrĂŞtĂ© par la police brĂ©silienne puis extradĂ©, Buscetta, prend une dĂ©cision qui va changer l’histoire de la mafia : rencontrer le juge Falcone et trahir le serment fait Ă  Cosa Nostra. “Le milieu n’est plus ce qu’il Ă©tait, c’est pourriture et compagnie maintenant“: Ă  son audience, Buscetta fait presque siens les mots de Bob le Flambeur (1956), lui aussi engluĂ© dans une vision romantique, voire mythique, du grand (mais alors grand) banditisme. Il y aurait une mafia des origines, pĂ©trie de valeurs et dĂ©fendant les petites gens, et une nouvelle garde cynique, stĂ©roĂŻdĂ©e aux millions drainĂ©s par le trafic d’hĂ©roĂŻne, qui aurait Ă©garĂ© sa boussole morale en chemin, au tournant des annĂ©es 70.

En collaborant avec les autoritĂ©s italiennes lors du “maxi-procès” qui aboutira en 1987 Ă  la condamnation de centaines de mafiosi siciliens, Tommaso refuse l’Ă©tiquette de “repenti”: il ne fait que poursuivre ce que sa conscience lui dicte, code d’honneur qu’il tient en respect et qui fait de lui un parfait… anachronique. VoilĂ  qui ne vous rappelle rien? C’est la belle idĂ©e de ce sommet d’Ă©lĂ©gance confectionnĂ© par Bellocchio: dialoguer non seulement avec l’opĂ©ratique Le Parrain (1972), qui s’impose comme une Ă©vidence quand on aborde le genre, mais remonter au modèle des modèles, Ă  savoir Le GuĂ©pard (1963) avec un prince de Salina tout en retenue intĂ©rieure, sentant pourtant, lui aussi, le vent tourner.

Le film refuse catĂ©goriquement la griffe scorsesienne: ici point d’ascension, de chute et de rĂ©demption, mais juste un homme au physique assez quotidien (imaginez un FrĂ©dĂ©ric François Ă  qui on aurait postichĂ© une moustache) qui ne peut dĂ©cemment pas digĂ©rer la mort de ses fils. Son ambition est inexistante, ou du moins confinĂ©e Ă  un certain principe de rĂ©alitĂ©. “La baise vaut mieux que le pouvoir” est l’un de ses credo, ce qui ne va pas sans chagriner une organisation aussi bâtie sur des trĂ©teaux religieux… Bref, Ă  ceux qui pensaient impossible le renouvellement d’un genre aussi codifiĂ©, savourez ce Traditore, Ă©trange film de mafia qui privilĂ©gie la parlotte Ă  l’action, toujours rapidement Ă©vacuĂ©e, et qui prĂ©fère s’appesantir sur ces regards que l’on dĂ©tourne ou que l’on… vole. G.R.

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