Le meilleur Solondz depuis Happiness. Le portrait d’un teckel et de tous ceux auxquels il apporte un bref instant de bonheur au cours de son voyage.

Drôle et triste comme la vie. Avec ses allures de film-à-sketches, Le Teckel peut donner à penser que nous allons voir plusieurs films de Todd Solondz en un seul. Pas faux. Le premier segment rappelle Happiness avec son atroce famille américaine (méchant papa Tracy Letts aka le scénariste de Bug et Killer Joe de William Friedkin, qui prend des cachetons au petit-déjeuner en assénant d’affreuses vérités toutes faites sur l’éducation, méchante maman Julie Delpy qui raconte à son fils de sordides affaires de viol avant de faire dodo). Le second donne la possibilité au personnage de Dawn Wiener (Greta Gerwig), héroïne de Bienvenue dans l’âge ingrat que Solondz avait «tué» dans l’hilarant prologue de Palindromes, d’être sauvée de son suicide social par l’amour qu’elle porte pour le clebs en question et l’amour qu’on va lui porter, au moment où elle n’attendait plus rien de la vie. Le troisième rappelle Storytelling avec ce prof raté (Danny DeVito) dispensant des cours de vieux screugneugneus à des élèves formidablement infects. Et le quatrième avec une vieille dame (Ellen Burstyn, exceptionnelle), au bout de sa vie, qui réalise la détresse de sa petite-fille paumée. Une partie déchirante qui renvoie à la part mélancolique du cinéma de Solondz et qui, sans crier gare, stimule l’affect lacrymal.
Pourquoi donc c’est génial, Le Teckel? Parce qu’il ne faut pas se fier à l’impression frivole du titre ou de la structure du films-à-sketches. Parce qu’il faut comprendre que, pour la première fois, Solondz affronte la mort comme la fin de son système. Il raconte en quatre temps le parcours de toute une vie, de l’enfance à la vieillesse, de la naissance à la mort. Il parle de nous. Des espoirs inhérents à l’enfance, à l’image de ce garçon contemplant le plafond le soir dans sa chambre, ébloui par les visions du futur, si possible affranchi de la tutelle parentale et des ravages qu’elle peut causer (premier segment). Des possibles illusions – même lorsque tout semble foutu, une main posée sur une autre main et hop, l’amour sauve de la laideur de ce monde (second segment). Des possibles désillusions (troisième segment) et de notre fin (quatrième et dernier segment). Ainsi, alors que nous pensions rire comme des baleines, nous voici dévastés par la mélancolie d’avoir traversé toute une vie en seulement une heure vingt. Et de finir le voyage de la plus sublime des façons.

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