La vie ne m’apprend rien. Dealer de citĂ© Ă©touffĂ© par une maman plutĂ´t pie voleuse, François tente d’amasser assez d’argent pour ouvrir une entreprise de glaces au Maghreb. Seule solution : un little big deal en Espagne, oĂą il entraĂ®ne sa farouche bien aimĂ©e et quelques bras cassĂ©s…

Aussi explosif qu’un pétard mouillé. Surprise cheloue, comédie tordue et conte misanthrope à deux doigts de la sortie de route, Notre jour viendra, premier long métrage de Romain Gavras, avait laissé un petit goût de dynamite dans le royaume de la comédie française, d’habitude plutôt saveur caoutchouc. Entre deux clips à se mettre sous la dent (comme les tapageurs Bad Girls de MIA ou Gosh de Jamie XX), on espérait secrètement (ou pas d’ailleurs) que le coup d’essai du fiston Gavras n’allait pas s’arrêter là. Avec son teaser hyper-esthétisant et le son du buzz cannois au loin, on avait donc relativement confiance en ce Monde est à toi qui nous la joue, comme son titre l’indique, un Scarface à l’envers. Les gueules heurtées et minables qui peuplent le métrage ne sont plus en quête du fantasme tonymontanesque, mais rêvent d’un nid douillet, d’une caravane, d’un peu de blés et de mister freeze. Tout à l’image de cette intro où une frappe de banlieue joue les casseurs pour les beaux yeux de son toutou.

Sauf qu’à l’inverse du très méchant Notre jour viendra, Le monde est à toi semble largué dès ses premières minutes, comme s’il avait déjà du mal à jongler avec tout ce qu’il avait à disposition. Ressenti pilote sans permis à bord d’une voiture de course. Une fois goupillé, le récit bascule hélas vers un traditionnel «dernier casse avant la retraite qui va mal se passer». Mais il y a surtout une évidence qui brise très vite toutes les espérances: le spectacle n’est franchement pas drôle, ou si peu. Vos oreilles brûleront à entendre l’inverse exacte, mais rien n’y fait, la sauce ne prend jamais. À la surface du naufrage, Isabelle Adjani, qui semble dire lentement au revoir aux rôles dramatiques, est souvent irrésistible en reine des voleuses en mood Versace & Dior, piquant au passage les meilleures répliques («Il a attendu 15 ans derrière les barreaux, il pourra attendre 15 minutes sur le palier», «J’aurai pu te laisser à la porte d’une église et tu serais devenu pédophile!»). Mais sur 1h40 de film prétendu époustouflant et hilarant, c’est peu.

Vincent Cassel, en loser marmonnant dans sa barbe et se gavant de vidéos sur les illuminati (paye ton running gag), s’octroie un rôle à contre-emploi d’abord surprenant puis vite lassant sur la longueur. Karim Leklou s’en tire déjà bien mieux en jouant la carte du nounours cabossé et de la colère rentrée. Mais autour ? Oulaya Amamra, toujours à fond, refait son numéro de michto à la tête dure de Divines, François Damiens fait du François Damiens (on avait presque réussi à le supporter dans ses rôles «sérieux»), la petite Gabby Rose surprend à plus d’un titre en otage de fortune, Philippe Katerine fait coucou. Le reste, lui, tourne à vide, ravagé par des hooligans aux sourires de rapaces et des racailles antipathiques. Quel programme.

En tournant Ă  Benidorm, ville improbable et bling-bling jusqu’à la vomissure qu’il filme comme Bangkok ou Las Vegas, Gavras tente de creuser le sublime dans le beauf, comme un Harmony Korine de secours. Ă€ l’image de la b.o savoureuse et ramassĂ©e, oĂą Sardou se tape avec Toto ou Booba avec Laurent Voulzy, on aime l’idĂ©e, beaucoup moins l’exĂ©cution. Surnage ce dernier plan sur fond de Balavoine, Ă  la fois pathĂ©tique et beau, soit juste quelques secondes dans un brouhaha oĂą l’aiguille s’affole un peu Ă  droite…

JÉRÉMIE MARCHETTI

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