[PASO NOUS REVOILO] Banlieue de Buenos Aires, début des années 70. Carlitos s’ennuie, Carlitos s’en fout. Il se ballade, il vole, il marche, il sourit. Comme si demain ou comme si les lois n’existaient pas. N’importe quelle maison est la sienne, comme cette belle villa là-bas, vide évidemment, où il rentre, boit un verre et lance un disque de La Joven Guardia (que vous aurez forcément dans la tête après la projection). Une danse endiablée qui donne le ton. Et c’est ce qu’on aime déjà dans L’ange, ce petit côté pop sans trop en faire, à l’image de son personnage principal qui se fout de tout. Un cas véridique alors, puisque Carlitos/Carlos a vraiment existé,  enchaîné les braquages et les meurtres avec une indifférence totale. A l’époque, l’affaire saisit l’Argentine à cause du jeune âge et de la beauté de l’agresseur, qui n’aurait pas dépareillé chez Botticelli, alors qu’on s’imaginait les tueurs et les monstres forcément laids et grimaçants. A l’écran, le jeune Lorenzo Ferro ressemble à un Macaulay Culkin qui n’aurait pas mal tourné, un poupon sans âge aux lèvres rouges qui fait tourner les têtes des filles comme des garçons. Une Marilyn Monroe au masculin, comme aime le répéter son compagnon d’infortune, qu’il regarde évidemment d’un Å“il éperdu et interdit. Seducteur-voleur comme arraché des pages d’un Genet, ou ragazzo perdu de Pasolini, le garçon se plaît bientôt à laisser des victimes derrière lui, sans doute parce que leur vie ne vaut certainement pas plus que toutes les babioles qui vont et viennent entre ses mains. Avec Tata Almodovar à la prod, le film jongle un peu avec l’homo-érotisme de son casting, effleure les désirs contrariés et les frustrations qui laissent des cicatrices… sans toutefois pousser les manettes à fond (de l’émotion, de la violence, de l’érotisme, du trouble). On aurait pu se vautrer dans le chef-d’oeuvre chaos vu le sujet, mais on se contenta d’un film un peu craintif (l’affaire, bien plus sordide, a été sacrement édulcoré), queer du bout des doigts, illustratif sans être ronflant. Un petit bonbon empoisonné. Mais tout petit alors. J.M.

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