[CRITIQUE] LA PROIE D’UNE OMBRE de David Bruckner

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Déchirée par la mort brutale de son mari, Beth se retrouve seule dans la maison au bord du lac qu’il avait construite pour elle. Elle s’efforce de faire face, mais d’inexplicables cauchemars font leur apparition. Dans de troublantes visions, une présence insaisissable semble l’appeler. Contre l’avis de ses amis, Beth commence à fouiller dans les affaires de son mari, en quête de réponses. Elle va découvrir des secrets aussi étranges qu’inquiétants, et un mystère qu’elle va, malgré les risques, tenter d’élucider…

Avec ses touristes américains meurtris plongés dans un cauchemar folko-suédois (un peu comme une version «lumière éteinte» de Midsommar avant l’heure), The Ritual pouvait se targuer d’être l’un des rares bons films d’horreur distribués sur Netflix, même en tenant compte de ses petites carences (ça s’essoufflait à mi-course). Le second film de son réalisateur David Bruckner, alors plutôt habitué des anthologies et autres films omnibus, passe cette fois par la case salles, distribué chez nous deux semaines après un atroce Malignant avec qui il y partage vaguement le même schéma de départ: une veuve poursuivie par une présence mystérieuse et peu bienveillante. On s’arrêtera là pour les comparaisons, le reste tenant de la plus totale antithèse…

Rebecca Hall, immense avec un grand I, porte entièrement sur ses épaules le deuil de cette jeune épouse délaissée du jour au lendemain dans sa belle maison au bord du lac: son mari, sans donner de signes avant-coureur, s’est donné la mort un soir en s’explosant le crâne, lui laissant un message bref et énigmatique. La douleur va alors laisser place à la terreur: lorsque la nuit tombe, Beth fait d’étranges cauchemars et se sent épiée par quelque chose ou quelqu’un. Tout porte à croire que c’est son propre mari qui vient lui faire coucou. Pas de quoi s’inquiéter sans doute… Sauf lorsque l’épouse éplorée découvre une cascade d’objets (livres, photo compromettantes…) indiquant que son cher et tendre lui cachait bien des choses…

Tout ce qu’on pouvait apprécier dans The Ritual est toujours là, en mieux: un premier degré indéboulonnable, une direction d’acteurs épatante, un sens de l’atmosphère jamais tape à l’oeil (malgré un-deux jumpscares déconseillés aux cardiaques), un cadre savamment étudié. Tout concourt à une aura funèbre qui ne faiblit pas de la première à la dernière image. Même la photo, imitant parfois le grain du 35 mm, nous emprisonne dans des noirs profonds à même de dissimuler quelques silhouettes hostiles. Au jeu de la présence invisible, le film est d’ailleurs parfois plus adroit et troublant que le bourrin Invisible Man, en particulier durant une scène de caresse d’outre-tombe dont on se souviendra très longtemps. Seulement – et The Ritual en souffrait un petit peu aussi – Bruckner semble avoir du mal à lâcher la bribe malgré quelques images impressionnantes (l’utilisation du décor pour simuler la «chose»), et son finale paraît aussi confus que décevant, comme si ses circonvolutions façon La maison de feuilles avaient peur de déboucher sur quelque chose de trop grand. Malgré ces réserves, on retient une chose essentielle de The Night House (magnifique titre original remplacé en France par un équivalent façon Hollywood Night): si David Bruckner est bel et bien aux commandes du reboot très attendu de Hellraiser, ce sera grandiose. J.M.

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