Dites bonjour à Johannes Nyholm, un copain de Ari Aster!

KOKOKOKOKOKO KOKODI KOKODA KOKOKOKO KOKODI KOKODA! Un chapelier fou, une sorcière chevelue, un ogre et un molosse traversent une forêt, répétant inlassablement la même rengaine. Une chose est sûre, c’est qu’on ne s’amuserait pas à leur demander notre chemin… Plus loin sous un soleil gris, un couple et leur gosse, tous trois grimés en lapins, esquivent un vieux couple aux grands dents. Nous sommes bien dans le réel cette fois, mais l’image du conte perdure. Et du réel acide (s’il vous plaît!). On pense bien sûr à nos amis Michael Haneke, Ruben Ostlund ou encore Ulrich Seidl: achtung-achtung party, passion gentille famille qui se délite. Car oui, l’enfant ne survivra pas à l’autre bout de cette saynète a priori inoffensive, mais on ne vous dira ni pourquoi ni comment. Et puis, soudain, l’habitacle étouffant d’une voiture… Des années ont passé, monsieur et madame ne s’entendent plus et se parlent mal, capables de se prendre la tête pour un cornet de glace. Ils tentent vainement de s’aérer l’esprit en faisant du camping sauvage, piquant leur tente au beau milieu de nulle part. La nuit va être longue. Lorsque l’aube approche et que les moustiques bourdonnent, madame s’en va uriner dans l’herbe. Et puis soudain… KOKOKOKOKOKO KOKODI KOKODA!

Dans ce petit coin de forêt à peine remarquable, les époux se retrouvent enfermés dans un cauchemar impossible à fuir, poursuivis par des démons lewiscarollien échappés d’une fable qu’on jurerait avoir déjà vu quelque part, avec en prime un joli minou en guise de lapin blanc. Et une comptine qui trotte tel un avertissement sardonique, un appel de phare, ritournelle digne du fameux School at Night entendu dans Profondo Rosso. Même si le cinéma d’horreur s’est déjà emparé du drop de la boucle infernale (Retribution ou les Happy Birthdead), il ne l’a jamais illustré d’une manière aussi anxiogène et radicale. Car personne dans le récit ne semble se souvenir de quoi que ce soit, sauf peut-être le spectateur, qui ne gagnera rien à se tortiller devant la toile blanche. À moins que…

Naviguant entre le faux survival craspec et le vrai conte biscornu, Koko Di Koko Da ne cherche même pas à dissimuler sa symbolique débordante, allant jusqu’à la retracer à travers un surprenant théâtre d’ombres chinoises. Cela pourrait paraître instantanément envahissant, mais son alliance de l’horreur et de l’émerveillement, son chemin de croix à mi-chemin entre la punition et l’élévation, sa cruauté affirmée, cette même manière de choper la thématique du deuil par le col de la chemise, ont presque quelque chose d’un certain Ari Aster. Excédés et pas très rassurés, entre les larmes et l’effroi, on finit ce film patraques et impressionnés. Avec cette satanée chanson qui vous trottera peut-être dans la tête jusqu’à la fin des temps… KOKOKOKOKOKO KOKODI KOKODA KOKOKOKO KOKODI KOKODA! J.M.

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