Meurtri dans sa chair et son esprit au cours d’une mission désastreuse à Kiev 8 mois plus tôt, Jay, ancien soldat devenu tueur à gages, se retrouve contraint d’accepter un contrat sous la pression de son partenaire Gal et de sa femme, Shen. Jay et Gal reçoivent de leur étrange nouveau client une liste de personnes à éliminer. À mesure qu’ils s’enfoncent dans l’univers sombre et inquiétant de leur mission, Jay recommence à perdre pied : peur et paranoïa le font plonger irrémédiablement au cœur des ténèbres.

Kill List est le film de toutes les surprises. Tout d’abord, il est trompeur, allusif, culturellement marqué et peut facilement être considéré comme la jonction idéale entre film d’horreur et film d’auteur. Au départ, on se croirait presque chez Ken Loach. Le récit s’attache au quotidien trivial d’un couple malmené par la crise, confronté à des problèmes d’argent, de respectabilité et d’apparence. C’est une manière d’introduire des personnages complexes qui cachent tous un passé trouble, en particulier les deux protagonistes, anciens militaires reconvertis tueurs à gages. Et s’ils reprennent du service, ce n’est pas par plaisir mais pour survivre, échapper à la dépression et subvenir aux besoins de leurs familles respectives. Dans un premier temps, ce que Ben Wheatley révèle sur le couple transpire le vécu et on ne sera pas tellement surpris d’apprendre qu’Amy Jump, qui a cosigné le scénario, est son épouse. Ensemble, ils se sont amusés à mélanger des genres (la chronique sociale, le polar trash, le buddy movie, le film d’horreur) et à dispenser des révélations à la fois inattendues et horrifiantes. De bout en bout, la tension ne faiblit pas et la construction est tellement habile qu’elle invite à des visionnages répétés. Sans en dire trop, une surprise nous attend en bout de parcours et elle est comme la dernière pièce d’un puzzle qui éclaire l’ensemble du tableau.

Nourri de son propre élan, le script lorgne ouvertement vers une tradition ésotérique héritée de The Wicker Man, de Robin Hardy (1973). Ce n’est pas un plagiat ni un remake, mais une influence revendiquée par les deux scénaristes et récitée par tous ceux qui évoquent le film, en particulier le climax cauchemardesque qui promet de marquer tous les esprits. De toute manière, il y a une telle fluidité dans le montage et une telle aisance dans la mise en scène qu’on ne se rend compte de rien. Kill List peut évoquer Martyrs, de Pascal Laugier dans son refus de céder aux modes (pas de found footage ni de torture porn), dans sa volonté de déchiffrer la vie comme une énigme paranoïaque, dans sa description d’une société secrète et dans sa capacité à contraindre le spectateur à avaler une invraisemblable vérité, comme valider une théorie du complot. Il n’est pas aberrant d’y voir une méditation sur la croyance, la foi et les forces secrètes qui travaillent notre quotidien le plus familier. Connu jusque là pour un seul long métrage (la comédie noire Down Terrace) et célébré dernièrement au festival de Cannes (Touristes, présenté à la Quinzaine des réalisateurs), Ben Wheatley a fait le tour des festivals internationaux avec ce film qui a toutes les qualités pour devenir un petit classique, à ranger à côté de Ne vous retournez pas, de Nicolas Roeg.

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