[CHER PAYS DE MON ENFANCE…] Loin du tumulte parisien qui fit et fait encore les gros titres de la presse française, le député/journaliste/cinéaste François Ruffin et son collègue Gilles Perret sont allés à la rencontre des Gilets Jaunes les moins médiatisés, agglutinés sur les ronds-points et les parkings des centres commerciaux. Récit d’une plongée dans les affres de la précarité la plus noire, mais aussi et surtout témoignage d’un élan de fraternité hors du commun.

Son précédent documentaire, le césarisé Merci Patron!, suivait Ruffin et la famille Klur, ouvriers au chômage suite à la délocalisation d’une filiale de LVMH, dans leur parcours pour faire remonter leur colère jusqu’aux oreilles de Bernard Arnault. Ou quand les petites gens, trop longtemps ignorés, deviennent enfin les objets d’une campagne de médiatisation. J’veux du Soleil suit donc logiquement la même démarche; loin de Paris où les émeutes attirent plus que jamais les caméras, François Ruffin et son cadreur Gilles Perret s’immergent dans nos campagnes, où il est tout autant question d’ébranler le paysage politique que de trouver le remède à l’isolement. La mise en images et en lumière d’un soulèvement populaire pour faire mentir tous ceux qui amalgament les militants sous la malheureuse étiquette de «fachos». Une heure vingt durant, le film nous balade de tableau en tableau, de rond-point en péage, d’un destin vers un autre.

C’est une France morne et pourtant terriblement quotidienne que le film ausculte, multipliant les témoignages de misère, d’abandon et de solitude dans la monotonie grisâtre des paysages bétonnés. Très épuré, le film n’est en somme qu’une succession de visages marqués, fatigués, que Ruffin et Perret dressent en symboles de la fracture sociale. Le jeune intérimaire et ancien SDF qui ne voit plus son fils, le villageois qui décrit méthodiquement la mort des commerces de sa ville, la jeune femme handicapée obligée de faire les poubelles, le maçon à la retraite dont le visage est devenue une fresque, le couple qui s’est formé sur un péage… Tous sont les fragments d’une réalité qu’il convient désormais de regarder en face. Pourtant, et même si les larmes coulent souvent, jamais le film ne tombe dans le piège de l’apitoiement trop excessif. De tous ces faciès qui crèvent l’écran et le cœur, pas un seul ne semble résigné ou miné par l’échec. Tous ont trouvé dans le plaisir de la lutte un nouveau moteur, une nouvelle raison d’être. C’est aussi par sa tonalité joyeusement caustique que le film esquive le pathos. On connaît l’humour acerbe de François Ruffin et ce dernier en use sans bouder son plaisir, en juxtaposant particulièrement les mimiques dévitalisées de notre cher Président à la vitalité étonnante des gens de peu qui jalonnent sa route.

D’aucuns reprocheront au film son piètre intérêt cinématographique (visuellement du moins, il n’y a pas grand-chose de révolutionnaire là-dedans) ou pesteront devant l’ambivalence du réalisateur, arguant qu’il s’agit autant d’un documentaire que d’une campagne politique. Ce serait faire à ce court et modeste film un faux procès, car ce que J’veux du Soleil nous offre en définitive, comme en atteste son ultime séquence sur la plage, devant l’horizon, c’est l’opportunité d’un ailleurs. Un ailleurs ou le peuple marcherait main dans la main, n’ayant pour seule ligne de conduite que le bonheur et l’entraide et vomissant les mensonges d’un gouvernement incapable de saisir l’urgence du problème. Utopique, le film l’est peut-être. Nécessaire, le film l’est sûrement.

ALEXIS ROUX

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