Jean Dujardin: Polanski, ça change de OSS
Jean Dujardin: Polanski, ça change de OSS

Présenté (et récompensé, malgré la polémique) à la dernière Mostra de Venise, J’accuse, le nouveau film de Roman Polanski, évoquant la célèbre affaire Dreyfus, était une des grandes attentes cinématographiques de cette fin d’année. Et, à l’arrivée, on n’est guère déçus. En se focalisant sur l’enquête du Colonel Picquart, plus que sur Dreyfus à proprement parler, Roman Polanski nous offre un thriller haletant, progressif, sans temps mort, tout en proposant un regard extrêmement documenté, sur ce triste récit.

D’aucuns reprocheront peut-être une réalisation un poil trop sobre, voire minimaliste mais, admettons-le, cependant efficace, car finement réfléchie, puis, surtout, s’inscrivant en parfaite complémentarité avec la puissance du sujet abordé. Sujet dont la dimension est intensifiée de par la présence de Polanski à sa tête (coécriture du scénario aux côtés de Robert Harris, et mise en scène). Difficile, en effet, ne ne pas voir au travers de ce vingt-troisième long-métrage une résonance avec le vécu de son auteur. Nul doute qu’entre les mains d’un autre, le rendu aurait été nettement plus banal. Là, les doubles-sens, et messages faussement cachés, s’avèrent multiples, ajoutant encore davantage de profondeur à ce qui nous est exposé. L’intéressé précise: «Faire un film comme celui-là m’aide beaucoup», explique-t-il. «Dans cette histoire, je trouve parfois des choses que j’ai moi-même connues, je peux voir la même détermination à nier les faits et me condamner pour des choses que je n’ai pas faites. La plupart des gens qui me harcèlent ne me connaissent pas et ne savent rien sur l’affaire.»

Roman Polanski ne s’apitoie pas pour autant sur son unique sort. Et jamais ne se compare à Dreyfus. Il remet simplement en lumière une des erreurs procéduriaires les plus abominables de notre passé, afin que cela ne s’oublie pas, et nous amène, au passage, à méditer sur la justice au sens large. Celle à laquelle on peut tous être confrontés, en bien, ou en mal. Soit, une œuvre nécessaire, enrobée, par ailleurs, d’un écrin particulièrement brillant: une reconstitution du XIXe admirable, doublée d’un casting haut-de-gamme où chacun donne le meilleur. Jean Dujardin, impérial comme jamais, domine l’ensemble sous les traits de Picquart, entouré des non moins excellents Louis Garrel, Grégory Gadebois, Wladimir Yordanoff, Melvil Poupaud, Denis Podalydès, Michel Vuillermoz… sans oublier le Belge Vincent Grass, comédien au charisme détonnant. En (bon film) somme, J’accuse marque le retour d’un cinéma européen d’envergure, à la fois pointilleux, riche de sens, et populaire. On n’y croyait plus. G.B.

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