PrĂ©sentĂ© (et rĂ©compensĂ©, malgrĂ© la polĂ©mique) Ă  la dernière Mostra de Venise, J’accuse, le nouveau film de Roman Polanski, Ă©voquant la cĂ©lèbre affaire Dreyfus, Ă©tait une des grandes attentes cinĂ©matographiques de cette fin d’annĂ©e. Et, Ă  l’arrivĂ©e, on n’est guère déçus. En se focalisant sur l’enquĂŞte du Colonel Picquart, plus que sur Dreyfus Ă  proprement parler, Roman Polanski nous offre un thriller haletant, progressif, sans temps mort, tout en proposant un regard extrĂŞmement documentĂ©, sur ce triste rĂ©cit.

D’aucuns reprocheront peut-ĂŞtre une rĂ©alisation un poil trop sobre, voire minimaliste mais, admettons-le, cependant efficace, car finement rĂ©flĂ©chie, puis, surtout, s’inscrivant en parfaite complĂ©mentaritĂ© avec la puissance du sujet abordĂ©. Sujet dont la dimension est intensifiĂ©e de par la prĂ©sence de Polanski Ă  sa tĂŞte (coĂ©criture du scĂ©nario aux cĂ´tĂ©s de Robert Harris, et mise en scène). Difficile, en effet, ne ne pas voir au travers de ce vingt-troisième long-mĂ©trage une rĂ©sonance avec le vĂ©cu de son auteur. Nul doute qu’entre les mains d’un autre, le rendu aurait Ă©tĂ© nettement plus banal. LĂ , les doubles-sens, et messages faussement cachĂ©s, s’avèrent multiples, ajoutant encore davantage de profondeur Ă  ce qui nous est exposĂ©. L’intĂ©ressĂ© prĂ©cise: «Faire un film comme celui-lĂ  m’aide beaucoup», explique-t-il. «Dans cette histoire, je trouve parfois des choses que j’ai moi-mĂŞme connues, je peux voir la mĂŞme dĂ©termination Ă  nier les faits et me condamner pour des choses que je n’ai pas faites. La plupart des gens qui me harcèlent ne me connaissent pas et ne savent rien sur l’affaire.»

Roman Polanski ne s’apitoie pas pour autant sur son unique sort. Et jamais ne se compare Ă  Dreyfus. Il remet simplement en lumière une des erreurs procĂ©duriaires les plus abominables de notre passĂ©, afin que cela ne s’oublie pas, et nous amène, au passage, Ă  mĂ©diter sur la justice au sens large. Celle Ă  laquelle on peut tous ĂŞtre confrontĂ©s, en bien, ou en mal. Soit, une Ĺ“uvre nĂ©cessaire, enrobĂ©e, par ailleurs, d’un Ă©crin particulièrement brillant: une reconstitution du XIXe admirable, doublĂ©e d’un casting haut-de-gamme oĂą chacun donne le meilleur. Jean Dujardin, impĂ©rial comme jamais, domine l’ensemble sous les traits de Picquart, entourĂ© des non moins excellents Louis Garrel, GrĂ©gory Gadebois, Wladimir Yordanoff, Melvil Poupaud, Denis Podalydès, Michel Vuillermoz… sans oublier le Belge Vincent Grass, comĂ©dien au charisme dĂ©tonnant. En (bon film) somme, J’accuse marque le retour d’un cinĂ©ma europĂ©en d’envergure, Ă  la fois pointilleux, riche de sens, et populaire. On n’y croyait plus. G.B.

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