Finalement aussi discret dans le cinĂ©ma fantastique rĂ©cent que sa nature le permet, l’Invisible man revient se faufiler dans les salles obscures…

Universal avait misĂ© sur la carte dark universe, et aura tout perdu avec une Momie qui aurait bien fait de rester dans son sarcophage. Tout perdu…ou presque : toujours dans les bons coups, Jason Blum reprend l’idĂ©e dans son coin, annonçant très vite la mise en chantier d’une relecture de L’homme invisible. La bĂŞte est refilĂ©e aux bons soins de Leigh Whannell, qui n’a commencĂ© que tout rĂ©cemment Ă  s’extirper de l’ombre de son comparse James Wan : son Upgrade constituait alors une surprise de taille, actioner sf violent dont l’efficacitĂ© old school avait le bon goĂ»t de ne pas se rĂ©clamer du revival opportuniste des 80’s. Un sosie de Tom Hardy contrĂ´lĂ© par une force inconnue et surpuissante : on tenait peut-ĂŞtre mĂŞme lĂ  le vrai Venom ! Voir le jeune rĂ©alisateur partir Ă  l’assaut du mythe – pas hyper excitant  – de l’homme invisible laissait inaugurer une vraie bonne sĂ©rie b en mode « plein la gueule ». En l’état, cette nouvelle monture s’annonce comme un croisement entre Hollow Man et Les nuits avec mon ennemi, l’homme invisible nouvelle gĂ©nĂ©ration se rĂ©vĂ©lant ĂŞtre un bonhomme sacrĂ©ment toxique avant de se parer de son don surnaturel, poursuivant alors sans relâche une Ă©pouse qu’il enfermait dĂ©jĂ  de son « vivant » dans un palais dorĂ©. Le peu d’apparition « visuelle » – dira t-on  – de l’interprète Oliver Jackson Cohen (le joli junkie de The Hauting of Hill House) renforce en tout cas l’idĂ©e d’un golden boy propre sur lui et pourri en dedans, frère de sang d’un bataillon de Patrick Bateman et autre Christian Grey. En des temps oĂą l’on traque les pervers narcissiques Ă  la loupe, Invisible Man a la riche idĂ©e de crĂ©er un miroir Ă©vident entre le calvaire de l’hĂ©roĂŻne et celui des femmes harcelĂ©es, auquel la sociĂ©tĂ© prĂ©fère tendre une muselière plutĂ´t qu’une oreille. Le projet est fort et le choix d’Elizabeth Moss coule Ă©videmment de source, cette folle du cinĂ© indĂ© devenue en un rien de temps la nouvelle Meryl Streep, ici girl next door ordinaire, dĂ©pouillĂ©e de glamour, mais Ă  la prĂ©sence assurĂ©e : on vire le make-up, on tord le regard, et voilĂ  le masque de nĂ©vrose tout prĂŞt. Seule contre un fantĂ´me de pacotille, cernĂ©e par un dĂ©cor quotidien devenu subitement cauchemardesque, on pense d’abord Ă  L’emprise, oĂą Barbara Hershey se faisait violenter par un poltergeist libidineux…avant qu’une autre rĂ©fĂ©rence de taille ne vienne s’y substituer : le film repose sur la mĂŞme dĂ©gringolade psychologique qu’un certain Candyman, dont on attend d’ailleurs le prochain remake avec de moins en moins de curiositĂ©. Whannell ira jusqu’à reprendre un des rebondissements chocs du film de Bernard Rose, avouons-le en plus mĂ©morable encore, sans toutefois s’immiscer dans des voies aussi romantiques. Quant au dernier acte peu dispensable et un poil malhonnĂŞte, il tend ouvertement vers un certain Gone Girl, parce que pourquoi pas. Hormis un beau carnage dans un couloir d’hĂ´pital (oui c’est moi le rĂ©alisateur d’Upgrade : REGARDEZ), Invisible Man n’est guère en phase avec la gĂ©nĂ©rositĂ© d’un Hollow Man, allant jusqu’à offrir une combi grossière Ă  son camĂ©lĂ©on psychopathe, lĂ  oĂą il aurait pu, Ă  tout hasard, jouer avec une certaine perversitĂ©. Entre son sound design aussi doux qu’un vuvuzela Ă  2 centimètres de votre oreille et ses moments de tension un peu rĂ©pĂ©titifs, le dispositif, bien rĂ©parti sur 2h, montre vite ses limites. Invisible Man est piĂ©gĂ© de toute Ă©vidence dans un entre deux très commun : assez efficace pour maintenir un certain intĂ©rĂŞt devant son cornet de pop-corn, pas assez fou pour faire grimper au plafond.

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