[CRITIQUE] HOUSE OF GUCCI de Ridley Scott

0
189

House of Gucci est le dernier en date des films de Ridley Scott: il dure 2h37 et on ne voit pas le temps passer. C’est la plus évidente qualité d’un film qui paradoxalement, laisse indifférent avec une ampleur qui donne un aperçu de l’absolu. Il est probable que le livre dont il est adapté avait pour objectif de révéler sous un vernis luxueux une saga familiale remplie de trahisons et de coups fourrés propres à émouvoir, révolter, fasciner. Las, le résultat à l’écran n’est qu’un suite remarquablement linéaire de faits: Patrizia Reggiani (Lady Gaga) séduit Maurizio, le fils Gucci un peu sérieux qui voulait devenir avocat. Son père (Jeremy Irons) le met en garde contre celle qu’il voit comme une opportuniste. Maurizio renonce à son héritage et épouse Patrizia. Aldo, l’oncle new yorkais (Al Pacino) invite les nouveaux mariés à New York et tombe sous le charme. Patrizia tombe est enceinte. Le père se réconcilie. A sa mort, Patrizia manipule son mari pour qu’il prenne le contrôle de l’entreprise, à commencer par la part du cousin déficient. Et ainsi de suite. Le script est un bout-à-bout qui met en lumière la logique de l’ambition et de la trahison, mais il ne fait rien pour donner du relief, amplifier les contrastes, accentuer les turbulences, donner un peu de vie.

Par moments, on pense à ce que Scorsese aurait fait de certaines scènes, en y ajoutant de la démence, de l’ivresse, de la fureur. Ici, calme plat. Tout est retenu dans une sorte de bienséance artificielle, chic et consensuelle, au diapason de la bande-son, une compilation de musique de riches des années 70 à nos jours. C’est comme si Scott comptait sur sa distribution impressionnante pour apporter un peu d’émotion et d’imprévu. Et le premier tiers du film donne cette illusion: on prend un certain plaisir à voir Al Pacino cabotiner, ou Jeremy irons qui s’est fait la tête de Boris Karloff. Et Lady Gaga est parfaite dans le rôle d’une arriviste. Mais plusieurs problèmes viennent gâcher la fête. Le premier, c’est que pour une raison incompréhensible, quelqu’un a trouvé approprié de demander aux acteurs (tous anglophones) de parler avec l’accent italien. Seul Pacino ne le fait pas, probablement parce que son personnage est new yorkais, mais tous les autres, y compris Adam Driver, sont entravés par cette contrainte absurde. Une autre funeste décision est d’avoir demandé (ou permis) à Jared Leto de se couvrir d’un maquillage ridicule pour incarner le fils débile de Pacino. L’effet est complètement raté, au détriment du film entier. Dans un orchestre, quand un instrument joue faux, trop fort ou à contretemps, c’est tout le morceau dans son ensemble qui est compromis. Mais Scott n’avait peut-être pas envie de refaire un film entier en changeant d’acteur, comme pour Tout l’argent du monde. G.D.

LAISSER UN COMMENTAIRE

S'il vous plaît entrez votre commentaire!
S'il vous plaît entrez votre nom ici