[LES RENCONTRES D’AVANT-MINUIT] Comme une ronde, plusieurs personnages sortent d’une pièce mystérieuse (qui n’est pas la porte d’entrée contrairement à ce que l’on s’imagine), déambulent, prennent un verre, se toisent ou se confrontent malicieusement. Ils n’ont pas l’air de se connaître, ou si peu. En haut d’un tour, un appartement néon aux couleurs changeantes accueille cinq individus – quatre hommes et une femme – liés par une personne: un amant commun. Celui-là même, dont on ne connaîtra ni le visage, ni le nom, est en réalité séquestré dans la pièce d’à côté. Il a joué avec le coeur et les corps de chacun, et il devra payer. Entre les faces-à-faces, dissimulés eux-aussi, on passe le temps, on fait comme si rien n’était (mais est-ce possible?). Puis les discussions sont lancées, on se parle enfin, on se dévoile. On évoque des fantasmes, on s’insulte, on se drague un peu. Et on finit tout de même par s’enticher de ce petit monde, même dans leur faiblesse.

Sous les couleurs pop, la tristesse, le vide, le venin. L’héritage Lagarce/Fassbinder, hautement revendiqué par le duo Ducastel & Martineau, jaillit à chaque instant. Les échanges sont modernes, vifs, jamais ampoulés, la banalité des gestes, comme ce repas préparé au fil des séquences, brise l’irréalité du procédé. Et puis on pense beaucoup aux Rencontres d’après Minuit, autre huis-clos du désir et des larmes. Curieusement plus chastes, Ducastel et Martineau empruntent quelques artifices, volontairement ou non, à leur pendant fantastique (la musique comme pause expiatoire ou le final sur le soleil levant) mais s’en démène aussi non sans ironie (un des personnages le crie haut et fort: non ça ne finira pas en partouze!). Mais alors que chez Gonzalez on évoquait le plaisir, ici c’est le désir et sa fumée dévastatrice qui agitent toutes les langues: intelligemment, le film évoque la toxicité dans les relations amoureuses, comment elle s’insinue et vampirise les êtres. Étrange cependant que le terme «pervers narcissique» semble être ici un gros mot, tant pour les personnages que les auteurs. Qu’importe. Bien que touchant et mené par un casting impeccable, Haut-perchés manque peut-être de l’émotion vertigineuse de son aîné. Ce qui n’est pas une excuse pour le laisser filer.

JEREMIE MARCHETTI

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