[CRITIQUE] HALLOWEEN KILLS de David Gordon Green

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Toc toc toc, me revoilà. Laurie Strode, sa fille et sa petite fille viennent d’abandonner le monstre au célèbre masque, enfermé dans le sous-sol de la maison dévorée par les flammes. Grièvement blessée, Laurie est transportée en urgence à l’Hôpital, avec la certitude qu’elle vient enfin de se débarrasser de celui qui la harcèle depuis toujours. Mais Michael Myers parvient à s’extirper du piège où Laurie l’avait enfermé et son bain de sang rituel recommence. Surmontant sa douleur pour se préparer à l’affronter encore une fois, elle va inspirer la ville entière qui décide de l’imiter et de se soulever pour exterminer ce fléau indestructible. Les trois générations de femmes vont s’associer à une poignée de survivants du premier massacre, et prennent les choses en main en formant une milice organisée autour de la chasse et la destruction du monstre une fois pour toutes. Le mal meurt cette nuit.

Qui veut la peau de Michael Myers? Souvenez-vous: à la toute fin de Halloween 2018, on laissait Michael Myers griller comme une saucisse sans toutefois montrer le corps inerte comme preuve irréfutable de sa mort. Il ne faudra pas attendre longtemps avant de voir deux volets confirmés sur le tas: comme dans le Halloween 2 de 1981, Michael pas mort et la nuit n’en finit plus, comme disait Petula Clark. Malgré quelques passages dans l’hôpital de Haddonfield, tout lien avec le second épisode original (nié on le rappelle, puisqu’il n’est plus question de liens de sang entre Laurie et sa nemesis) est donc caduc. À l’atmosphère lugubre du film de Rick Rosenthal, David Gordon Green lui préfère un énorme brouahaha: Myers devient la proie des habitants de la ville, tous s’étant fait monter la mayonnaise par Tommy Doyle, un des survivants de la tragique nuit de 1978, qui a fait de Michael son Moby Dick tout comme son ancienne babysitter Laurie Strode. L’idée n’est, avouons-le, pas mauvaise du tout.

Bien entendu, ce lynchage organisé ne vise pas à prendre Myers en pitié, continuant de son côté à jouir de son statut de monsieur indestructible: le climat de revanche vigilante et d’hystérie des masses fait soudainement du boogeyman un révélateur d’une Amérique sous tension, prête à déchaîner sa violence en omettant toutes conséquences. Un angle pertinent en des temps aussi troublés, sans compter que Myers a fini depuis longtemps de s’attaquer aux demoiselles perdues et aux adolescents en ruts: l’âge ou le statut de la victime ne compte plus, contrairement aux bonnes vieilles règles moralisatrices du slasher d’antan. Le grand monsieur au masque blanc réveille les bas instincts et s’en prend à présent aux symboles d’une Amérique qui a su évoluer (gosses indépendants, couple interracial ou couple gay). Soit le spectre d’un autre temps, venu pour tout foutre en l’air…

Un Halloween un poil plus politique, on achète bien sûr. Mais le reste? Faisant dégobiller toutes les bêtises imaginables à ses protagonistes (l’incarnation du mal? Incroyable, on n’était pas certain…) ou introduisant au chausse-pied quelques survivants du film de 78, Halloween Kills réussit à être encore plus balourd que son prédécesseur, déjà bien inutile. Les tares se relèvent aussi nombreuses que la liste de victimes de The Shape, qui signe justement le bodycount le plus généreux de toute la saga! Citons donc l’ajout de flashbacks discutables (où on apprend Myers se serait…rendu à la police… pratique), son pathos lancé comme une brique sur un pare-brise, la fadeur éclatante de la descendance Strode (Jamie Lee, elle, reste à vociférer dans son lit d’hôpital) ou les décisions somptueusement stupides de ses protagonistes («Achever Myers? Non… ENLEVONS PLUTÔT SON MASQUE!», comme si les habitants de Haddonfield avaient un peu trop regardé Scooby-Doo). Si le rythme faiblit peu et que le générique de début donne envie de sauter au plafond (Big John y encaisse avec joie son chèque de producteur et de compositeur), il y a de quoi être surpris par la nonchalance avec laquelle cette sequel assume son statut ingrat: celui d’un bouche trou déguisé en orgie gore, ne servant qu’à faire le petit pont avec le futur troisième volet. J.M.

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