Bien nombreuses ont été les adaptations du célèbre conte des frères Grimm au cinéma. La cruelle histoire des deux petits crève-la-faim a depuis toujours éveillé l’appétit des metteurs en scène de tous horizons. Ainsi, depuis 1908, c’est plus d’une vingtaine de versions et relectures de plus ou moins bon goût qui ont été diffusées sur le grand et petit écran. La dernière en date étant l’abominable Hansel & Gretel: Witch Hunters (Tommy Wirkola, 2013). En 2020, c’est donc au tour d’Oz Perkins, dont l’un des derniers efforts (I’m the pretty thing that lives in the house dispo sur Netflix) ne nous avait pas franchement emballé, de nous proposer sa vision d’Hänsel und Gretel.

Première nouveauté, le choix de faire de l’ensemble un conte initiatique féministe. Ici c’est avant tout à travers la focalisation de Gretel que les évènements se construisent, d’où l’inversion du titre. Celle-ci interprétée par la très prometteuse Sophia Lillis (Ça: chapitre 2) se voit dès le début, affublée du rôle de mentor envers son petit frère. Tous deux bientôt forcés à quitter le bien glauque domicile familial. La petite teigneuse ayant préféré partir plutôt que de se soumettre aux nobles crasseux du coin. Nos deux petits thugs donc, après s’être égarés dans la foret et avoir consommé des champis hallucinogènes, trouvent le chemin d’une maison triangulaire hébergeant le sosie de Michèle Lamy. Celle-ci (interprétée par l’excellente Alice Krige) ne tarde pas à révéler rapidement son identité à la cadette tout en cachant ses sombres dessins au duo. Elle est à la fois le salut pour l’un et le danger pour l’autre; et inversement.

Le film joue plutôt habilement avec cette ambiguïté et surprend par sa volonté d’emmener l’histoire vers une sorte de chemin d’apprentissage de l’émancipation par le mal. Un chemin qu’avait déjà emprunté avec brio Robert Eggers avec The Witch et dont Gretel & Hansel se rêve le prolongement. Aussi surprenant que cela puisse paraître le pari est plutôt réussi… durant la première partie, du moins. Les séances de confrontations entre Gretel et la sorcière se révélant aussi tendues qu’instructives. La profusion de motifs (les triangles et autres pentagrammes) et de choix esthétiques (intérieur grands et ameublement quasi inexistant) signifiants rend l’ensemble de la progression à la fois dérangeante et fascinante. Tous ces signes servant à amorcer en filigrane une seconde réflexion plutôt subtile sur le vide et le (trop) plein. Le contenu et le contenant. Ce que l’on prend et ce que l’on laisse.

Dommage que la suite du film s’abandonne à un registre plus consensuel au fort goût d’inachevé. Le dernier tiers étant à la fois un petit plaisir coupable et un embarras de tous les instants (ALERTE SPOILER: La sorcière se servant des restes des enfants capturés pour concocter ses mets délicieux et retrouver son apparence de Ghotic Lolita punk – oui ça existe FIN SPOILER). Les effets spéciaux assez approximatifs et l’ambiance franchement Z tranchent avec ce qui précédait jusqu’alors, nous propulsant dans une autre dimension où Dario Argento période Mother of Tears côtoie le maniérisme poisseux d’un Christophe Gans version Silent Hill. Ceci est d’autant plus regrettable que, sans cette petite sortie de route, le film aurait largement pu prétendre à l’adaptation la plus ambitieuse et contemporaine du conte. A la place, il se contente d’être un divertissement horrifique un brin réflexif. 
Pas transcendant donc, même si, en ces temps de disette cinématographique, c’est tout de même largement mieux que rien. G.C.

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