[ZAZAXPLOITATION MEGAMIX] Vampire des temps modernes, Zaza s’abreuve de tournages et de films en guise d’hĂ©moglobine, quand ce n’est pas pour squatter les planches parisiennes, guidĂ©e par une soif que rien ni personne ne peut arrĂȘter. Seulement voilĂ , mĂȘme les AmĂ©ricains la veulent maintenant, aprĂšs un Elle qu’aucun ricain n’aurait vu sans le label Paul Verhoeven sur l’affiche. Au pays de Mickey, on veut dĂ©sormais de la zazaxploitation: zaza timbrĂ©e, zaza mĂ©chante, zaza hautaine. Par le passĂ©, les Amerloques ont dĂ©jĂ  eu Huppert plus d’une fois (chez Michael Cimino, chez Hal Hartley ou encore chez David O’Russell) mais une Zaza quand mĂȘme plus distinguĂ©e et sympa (tout est relatif bien sĂ»r) que perverse. Enfilez donc votre perruque: avec Greta, c’est le Zaza horror picture show, et impossible de faire machine-arriĂšre.

À la barre du bidule, Neil Jordan, dont le feu sacrĂ© s’est Ă©teint depuis les annĂ©es 90 (on n’enchaĂźne pas The Crying Game, Butcher Boy, Entretien avec un vampire, La fin d’une liaison et In Dreams sans un petit souffle au cƓur artistique) mais, contrairement Ă  certains vieux vĂ©tĂ©rans en pleine dĂ©crĂ©pitude, il n’a pas perdu la main. Le principe de Greta est donc simple: capitaliser Ă  mowr sur la Zaza en camisole. La promo amĂ©ricaine du film, Ă  laquelle vous n’avez pas Ă©chappĂ© (dĂ©viants que vous ĂȘtes!), insistait alors bien lĂ -dessus, avec une Huppert martyrisant des peluches Ă  la chaĂźne ou dĂ©ballant son inventaire psychopathe (MY SERIIIIIIIIIIIIIIINGE). En bref, Zaza est folle, vous ĂȘtes lĂ  pour ça et vous allez en bouffer. Mais tout ça n’est-il pas un peu trop calculĂ©? Un peu too much chaos sur les bords?

Quand Haneke faisait humer des mouchoirs de sperme Ă  Isabelle ou lui faisait faire des bisous Ă  crazy Girardot dans La pianiste, l’actrice sortait d’une pĂ©riode un peu mollassone, un peu tristoune, comme si plus personne – exceptĂ© Werner Schroeter – n’osait jouer avec sa moue boudeuse et sa perversitĂ© bourgeoise. Comme si on l’avait oubliĂ©e. Maintenant, on sait. Trop mĂȘme. Dans Greta, la certitude du n’importe quoi est bien lĂ , comme si Jordan savait qu’il livrait une belle connerie (entendre par lĂ , une connerie quand mĂȘme bien rĂ©alisĂ©e), et Zaza itou. Friandise du samedi soir plutĂŽt que thriller du siĂšcle: au fond, personne n’est dupe devant ce film anecdotique mais fun. Pour le concept tout bĂȘte, on pense bien Ă©videmment aux innombrables thrillers domestiques des 90’s, oĂč un(e) intrus(e) pulvĂ©risait le territoire d’une famille ou d’un couple innocent. Dans le cas prĂ©sent, vous prenez ChloĂ« Grace Moretz en gentille oie blanche influençable (mais vivant dans un fucking appart avec sa pote fan de lavement au jus d’asperge) toute heureuse de ramener un sac perdu Ă  une pauvre veuve chabrolienne: manque de bol, c’est Huppert et elle a le cervelet ravagĂ©e.

Comme pour renverser la structure ultra codifiĂ©e du thriller domestique lambda, pas besoin d’attendre une heure trente pour savoir qui se trouve en face de l’hĂ©roĂŻne: les capacitĂ©s de stalkeuse de la mystĂ©rieuse Greta sont vite pliĂ©es, poursuivant inlassablement celle qu’elle rĂȘve d’avoir en fille de substitution (I LOVE YOU MA CHÉRIE!), lui crachant un chewing-gum dans les cheveux, empoisonnant un toutou, ou piquant une crise chaos dans un resto chic (tout le monde a vu la scĂšne mais c’est quand mĂȘme TRÈS drĂŽle). Quarante minutes Ă©coulĂ©es dĂ©jĂ , et surprise, Greta se change alors en hagsploitation assumĂ© (du moins on l’espĂšre), ces films des annĂ©es 60/70’s oĂč des vieilles folles couraient dans des manoirs en massacrant tout le monde (les Tantes Roo, Baby Jane et autres chĂšre Charlotte). Huppert est filmĂ©e comme Michael Myers (le running gag de l’annĂ©e, vraiment), chuchote en hongrois Ă  son doigt coupĂ©, danse dans le salon comme si demain n’existait pas (mais sans le tube Nuit de Folie de DĂ©but de soirĂ©e, hĂ©las). C’est marrant, mais c’est aussi un peu long pour pas grand-chose. Dans sa furie contrĂŽlĂ©e, Greta aurait dĂ» aller Ă  fond dans le Grand-Guignol, qu’il dĂ©laisse pour un final presque trop soft pour son propre bien. «I diseurve betteur» dit Zaza avec son verre de Chablis. Et elle a pas tort.

JEREMIE MARCHETTI

ZAZAXPLOITATION

Ce n’est pas la premiĂšre fois que Zaza aime jouer les folles au cinĂ©ma. La preuve en cinq exemples marquants.

La Pianiste (Michael Haneke, 2001)

Erika Kohut, la quarantaine, cĂ©libataire endurcie, vit chez sa vieille mĂšre possessive. FrĂ©quentant secrĂštement les peep-shows et les cinĂ©mas porno, elle mate et s’inflige des mutilations par pur plaisir masochiste. Jusqu’au jour oĂč l’un de ses Ă©lĂšves se met Ă  la sĂ©duire. La base du zazaxploitation.

Ma mÚre (Christophe Honoré, 2004)

Un jeune homme (Louis Garrel) aime sa mĂšre (Huppert). Sauf que cette mĂšre n’a rien d’une sainte. Adaptation du roman Ă©ponyme posthume de Georges Bataille par un HonorĂ© au-delĂ  du bien et du mal et avec une Zaza qui n’a peur de rien.

J’adore Huckabees (David O. Russell, 2004)

Huppert remplace Deneuve pour jouer la psychothĂ©rapeute Caterine Vauban qui aide le hĂ©ros Ă  s’en sortir. Zaza dĂ©bite des dialogues imbitables, toise tout le monde et fait l’amour dans les bois en plongeant sa tĂȘte dans un marĂ©cage.

Elle (Paul Verhoeven, 2016)

Une femme violĂ©e traque son violeur et le rend fou. Comme son personnage, Zaza se tient debout, elle ne connaĂźt pas la honte. Face Ă  elle, ce sont les fous qui tremblent. Les pervers, les arrivistes, la maman zinzin, le pervers cagoulĂ©, le fils humiliĂ©, le voisin qui l’excite
 MĂȘme pas peur!

Madame Hyde (Serge Bozon, 2017)

Une timide prof de physique qui se transforme radicalement aprĂšs un choc Ă©lectrique. Zaza en femme torche qui se balade la nuit et s’approche des jeunes qui Ă©coutent du rap.

 

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