This is the voice. Au terme d’une tournĂ©e dĂ©sastreuse, le groupe de punk rock The Ain’t Rights accepte au pied levĂ© de donner un dernier concert au fin fond de l’Oregon
 pour finalement se retrouver Ă  la merci d’un gang de skinheads particuliĂšrement violents. Alors qu’ils retournent backstage aprĂšs leur set, les membres du groupe tombent sur un cadavre encore chaud et deviennent alors la cible du patron du club et de ses sbires, plus que jamais dĂ©terminĂ©s Ă  Ă©liminer tout tĂ©moin gĂȘnant


Punks vs nĂ©o-nazis. La green room, c’est cette piĂšce oĂč attendent fĂ©brilement les groupes avant de monter sur scĂšne. Chez Jeremy Saulnier, c’est le lieu de toutes les tensions, sorte de cƓur nĂ©vralgique de ce thriller horrifique qui, non, ĂŽ miracle, vous ne rĂȘvez pas, est visible dans une salle de cinĂ©ma (merci et bravo Ă  la sociĂ©tĂ© de distribution The Jokers de prendre le risque!). Le rĂ©alisateur de Murder Party (petite parodie goreuse fauchĂ©e) et de Blue Ruin (thriller trĂšs proche du Sang pour Sang des Coen bros) exauce avec ce troisiĂšme long mĂ©trage un fantasme vieux de 10 ans : un “film de siĂšge” doublĂ© d’un survival faisant appel Ă  son passĂ© (il a fait partie d’un groupe punk rock), Ă  ses fantasmes (se produire sur scĂšne lui donnait la sensation d’ĂȘtre dans Mad Max), Ă  ses souvenirs sans doute (revoir le clip Two Tribes de Frankie Goes To Hollywood). Aux nĂŽtres, aussi. Tant le film ressemble fort Ă  ce que les fans de slasher auraient adorĂ© dĂ©couvrir sur les Ă©tagĂšres de vidĂ©oclub dans nos tendres annĂ©es 80-90 dans la catĂ©gorie «punks versus nĂ©o-nazis». En effet, quel pied on aurait pris, dans notre tendre adolescence, en dĂ©couvrant un samedi soir entre deux Face Ă  la mort ce rĂ©gal de sĂ©rie B qui, aujourd’hui, pourrait se rĂ©sumer Ă  une formidable addition de tags sur Imdb (Punks + Nazis + cutter + chevrotines + Pitbull + gunfight + dĂ©figuration + Hannibal). Oui, oui, ce film existe, il est chaos et il se passe Ă  Portland, lĂ  oĂč apparemment les adolescents ne font pas que regarder le ciel comme chez Gus Van Sant ou se consumer d’ennui comme chez Kelly Reichardt.
La seconde bonne nouvelle, c’est que le film ne se rĂ©sume heureusement pas Ă  cette nostalgie dorĂ©e. Auquel cas, il ne nous aurait rien inspirĂ© de plus que la reconnaissance de ses qualitĂ©s. Avec une gestion remarquable du suspense en huis-clos (qui va y passer en premier? Qui se cache derriĂšre une porte?), Saulnier confronte ses jeunes punks gentils en quĂȘte d’intensitĂ© (de jeunes et jolis garçons filles que personne n’écoute) au mal absolu, soit les nĂ©o-nazis. Pour survivre, ils vont devoir lutter contre ceux qui veulent les Ă©liminer, s’affranchir incidemment des Ă©tiquettes, des stĂ©rĂ©otypes, des prĂ©jugĂ©s. Et de la mĂȘme façon que A History of Violence (David Cronenberg, 2005), il n’est pas interdit de voir dans Green Room une passionnante rĂ©flexion sur la violence sous les oripeaux du film de genre. C’est plus profond qu’un simple pastiche divertissant. DiffĂ©rence notable avec le regrettĂ© Wes Craven qui, avec Scream (1996), un peu sur le mĂȘme principe, faisait vivre des fans d’horreur dans un grand film d’horreur: Saulnier n’est pas un cynique et donne Ă  vivre l’action au premier degrĂ©, sans jamais verser dans la parodie ou dans l’ironie vacharde. On est plus dans un film oldschool de John Carpenter, celui de la grande Ă©poque. Avec, Ă  la clĂ©, un Patrick Stewart impĂ©rial et de merveilleuses zĂ©brures gore.

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