[CRITIQUE] GLASS de M. Night Shyamalan

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Devant "Glass", on n'a pas applaudi comme James...

[SPOILER C’EST TROMPER] Parce qu’il est plus facile d’exprimer une déception en rendant le propos subjectif, je vais m’efforcer dans ces quelques lignes d’en faire ainsi. Midi, un matin du début de l’année 2019. Le réveil sonne et je reprends conscience. Je regarde l’heure et réalise que j’ai rendez-vous à 13h pour voir Glass. Je file à toute vitesse, chope un taxi et rouvre le message de l’attaché de presse qui rappelle: «attention, il y a embargo!», autrement dit: «Vous êtes tous invités mais tout ce que vous pourrez voir est soumis à la loi du talion». Aucun contrat n’est signé, aucune charte, l’accord est fixé seulement sur la confiance, comme dans la mafia. Ok, je prends note, let’s go to the screening. J’arrive pile à l’heure. Direction la salle de projection, chez Disney, près de la BNF. Je ne connais personne là-bas. Parmi les spectateurs présents, il y a des gens de France TV, et ils se racontent leurs fêtes de fin d’année.

Très vite, le film commence. D’emblée, je remarque ce montage, ce fameux montage façon série télé qui met en scène un justicier, doublé d’un contexte de «suite» and revanche, propre à toute suite d’une série de films à succès. Bruce Willis de Incassable est là. Le contexte est équivoque: ce preux agent de sécurité de stade de foot cherche la justice. Je le reconnais. Il est clairement identifiable. Les codes sont écrits sur les murs.

Peu après Glass, le «cassable» de l’histoire (Samuel L. Jackson) fait son apparition. Et il est sûr et certain que Bruce est un personnage de COMICS (un fait évaporé dans l’original) et tout commence à chavirer. On nous persuade que la bête (le personnage du superbe Split) et lui se révèlent être en réalité des substituts aux héros COMICS (uniquement!) crées il y a bien des années par un démiurge. A cela s’ajoute la présence d’un médecin (une psy laide comme un pou ayant abusé de la chirurgie esthétique), en charge de les persuader qu’ils sont en plein délire et que les super-héros n’existent pas. On n’avait pas forcément deviné que les deux films précédents n’étaient que des MARVEL, pardon. Cher Disney, nous n’étions pas prêts. Nul besoin d’insister autant. EXIT la magie de Incassable qui laissait une place au doute, au mystère, aux sinuosités d’un récit flottant entre les genres, nous laissant comme des rêveurs éternels. EXIT le génial situationnisme d’une séquestration banale devenant surréaliste de Split, bonjour le très gros récit de super héros, aux pouvoirs déjà établis et aux ennemis caricaturaux (comme dans les pages d’une bande-dessinée) censés nous proposer une intrigue.

15H10, je sors de la projection en premier et l’attaché de presse m’interpelle en me rappelant qu’il y a embargo sur Twitter et embargo pour les critiques. A la bonne heure Antoine! Je crois l’avoir compris. Et il enchaine en me demandant ce que j’en ai pensé. Sans hésiter, je réponds que j’ai préféré Split et j’ai en retour que la question du rythme dans GLASS est similaire à celle de la situation en fauteuil de GLASS (le cassable). Magnifique! Certes, deux heures étaient bien longues pour m’expliquer que les super héros existent mais alors là, qu’on me dise qu’un homme avec une pathologie pareille avance lentement m’a achevé.

Je m’attendais à plus de spectacle de la part de notre cher (très cher) M. Night Shyamalan. Un réalisateur qui a su tant nous surprendre et nous éblouir, aussi bien dans la diversité des maux que dans la fatalité d’une psyché défectueuse. Quelque part, oui, moi aussi je n’ai pas que ça à faire de mon temps libre que d’avancer à vitesse réduite. Si c’est pour aller voir un film faible, construit sur les vestiges d’une gloire passée et formaté pour un public de 10 ans, autant rester chez moi. Cela dit, je ne montrerai jamais Split et Incassable à mes enfants. Glass, en revanche, je suis sûr que ce film peut remplacer une baby-sitter.

SINA REGNAULT

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