[CRITIQUE] GIRL de Lukas Dhont

0
655
Environ 500 personnes entre 14 et 17 ans ont auditionné pour ce rôle, aussi bien des filles et des garçons cisgenres que des personnes transgenres.

Beautiful Swan. Lara, 15 ans, rêve de devenir danseuse étoile. Avec le soutien de son père, elle se lance à corps perdu dans cette quête d’absolu. Mais ce corps ne se plie pas si facilement à la discipline que lui impose Lara, car celle-ci est née garçon.

Sortir de ce corps. Vous allez l’entendre partout, et c’est vrai: Girl mĂ©rite largement la hype dont il bĂ©nĂ©ficie depuis sa prĂ©sentation au dernier Festival de Cannes. La vĂ©ritable force du premier long-mĂ©trage de Lukas Dhont vient tout d’abord dans sa volontĂ© de ne jamais cĂ©der aux facilitĂ©s, de ne pas tomber dans le pathos triste-monde-tragique ou les grosses ficelles mĂ©lodramatiques pour narrer les affres d’un personnage en marge de la sociĂ©tĂ©. Alors qu’il commençait Ă  Ă©tudier le cinĂ©ma dans une Ă©cole, ce jeune rĂ©al est tombĂ© sur un article relatant le parcours d’une jeune fille nĂ©e dans un corps de garçon mais convaincue d’ĂŞtre une fille. S’est dessinĂ© le combat intime de Lara (incroyablement incarnĂ© par Victor Polster), nĂ© garçon qui, Ă  15 ans, rĂŞve de devenir danseuse Ă©toile et qui veut rĂ©parer son identitĂ©.
Certains parleront hâtivement de Xavier Dolan pour la précocité émotionnelle de son auteur mais rien à voir : on est plus dans les parages du cinéma de Todd Haynes (Carol) dans cette manière de comprendre un personnage complexe dans toute sa singularité : l’affirmation de Lara qui passe par la danse, un parcours intérieur qui se reflète dans ce corps mouvant, sa volonté de s’imposer dans le monde, son rapport aux autres, a fortiori avec son père avec lequel elle entretient une relation intense et dont l’humanité bouleverse.
Plus le film avance, plus il séduit, travaillé par l’idée de douceur dans le regard et dans la violence du corps (changement de perception afférent). Il se déploie à travers son esthétique simple et jamais frimeuse. Lukas Dhont n’est jamais au-dessus de son personnage, il filme de manière organique ce corps et les scènes de danse où s’expriment toutes les luttes sont magnifiques. La caméra mobile et instable, porté à l’épaule, accompagne les mouvements de Lara au plus près, le corps dansant exprime ce que les mots ne disent jamais. Une façon d’être visible pour être enfin reconnu et de rappeler à tous cette vérité: un individu est seul propriétaire de son corps.

Théo MICHEL

LEAVE A REPLY

Please enter your comment!
Please enter your name here