Il y a des introductions comme ça, comme celle de Furie, qui vous donne l’impression d’être solidement menottĂ©. La laisse au cou, esclave du suspens. L’Ă©conomie de plans est brillante, l’atmosphère Ă©lectrique: après avoir plantĂ© rapidement ses personnages (une famille a priori heureuse), Olivier Abbou laisse sa camĂ©ra ronronner derrière l’habitacle d’une voiture, laissant le spectateur seul tĂ©moin d’une terrible situation. De retour de vacances, ChloĂ© et Paul ne peuvent rentrer chez eux, leur domicile ayant Ă©tĂ© littĂ©ralement «volé» par leurs derniers locataires, Ă  savoir leur nounou enceinte et son mari. La police arrive bien sĂ»r, mais saisit les victimes, dont un papier de trop les positionne du mauvais cĂ´tĂ©. De lĂ , Furie pose les bases d’une horreur somme toute kafkaĂŻenne: le chez-soi volĂ©, la justice impassible, la paperasse absurde, l’attente indĂ©terminĂ©e. Un drame a priori farfelu si Abbou ne s’Ă©tait pas inspirĂ© d’un fait rĂ©el (en tout cas, pour cette partie lĂ ). Mais le rĂ©alisateur du glaçant Territoires ne s’arrĂŞte pas lĂ : Ă  partir d’un malaise Polanskien, il ose lorgner vers un terrain social peu abordĂ© dans le cinĂ©ma de genre français.

Paul est noir, et a tentĂ© toute sa vie d’effacer cette image «d’immigré» en devenant le citoyen français modèle, femme blanche comprise. La dĂ©possession entraĂ®ne alors une cascade d’Ă©changes et de situations le ramenant Ă  sa couleur de peau, lui dĂ©signĂ© le temps d’une scène comme «un bounty». Une excellente idĂ©e doublĂ©e d’une autre, plus symbolique mais peut-ĂŞtre plus grossière, oĂą la maison dĂ©robĂ©e renvoie sans ambages Ă  la virilitĂ© du personnage, elle aussi en berne. ReconquĂ©rir sa maison et l’intĂ©rieur de son slip: lĂ , on grince un peu des dents. Les derniers instants assumant la mĂ©taphore, sans compter le titre anglophone (tout simplement… Get In!!!) enfoncent le clou. Mais ici, les mauvaises idĂ©es en entraĂ®nent de meilleures, et ainsi de suite…

En guise de gros piège tendu par exemple, celui, fatal, des rĂ©fĂ©rences anglo-saxonnes envahissantes. Ici, Les chiens de paille fait office ouvertement de modèle dans sa structure: notre Paul est un professeur pacifique, et sa fort jolie femme attire les grâces d’un ancien amant très ambigu, incarnĂ© par un Paul Hamy toujours au top de son charisme sexuel. Bon point pour Abbou: la rĂ©fĂ©rence, bien que visible, est prise de court. Moins de chance par contre pour la place donnĂ©e aux antagonistes entraĂ®nant le brave hĂ©ros dans sa bouffĂ©e de violence graduelle, ici montrĂ©s comme des tuches malĂ©fiques, pas toujours Ă©pargnĂ©s par des dialogues trop Ă©crits et des punchlines maladroites. Une dimension bis soudaine mais qui ne fait pas long feu: on se surprend Ă  voir le long mĂ©trage refuser d’embrasser sa totale brutalitĂ© dans son siège final, malgrĂ© une idĂ©e sadique repiquĂ©e (sans grande souplesse) au slasher HK Dream Home (Ho-Cheung Pang, 2011)! Impression Ă©trange pour un film se rĂŞvant comme un hĂ©ritier du cinĂ©ma hargneux des 70’s: sa mise en scène fluide et racĂ©e, loin devant ses compagnons de route, a le mĂ©rite de lui sauver pas mal la peau. J.M.

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