[CRITIQUE] FIRST MAN de Damien Chazelle

0
687
Dans l'espace, personne ne voit Ryan Gosling.

Pilote jugĂ© «un peu distrait» par ses supĂ©rieurs en 1961, Neil Armstrong sera, le 21 juillet 1969, le premier homme Ă  marcher sur la lune. Durant huit ans, il subit un entraĂ®nement de plus en plus difficile, assumant courageusement tous les risques d’un voyage vers l’inconnu total… On s’en souvient, dans Gravity, Alfonso Cuaron filmait l’espace avec une virtuositĂ© technique Ă©poustouflante (le fameux slogan “on n’a jamais vu ça”) tout en proposant un portrait de femme et en racontant sa lutte face au deuil comme au dĂ©senchantement face Ă  une vie qui ne nous apprend rien. Damien Chazelle avec First Man reprend ces belles idĂ©es mais pas question de faire comme Cuaron :on oublie les plans sĂ©quences ostentatoires et le numĂ©rique du chef-op Lubezki et on dit hello aux images granuleuses, Ă  la bonne vieille pelloche et aux plans instables chaotiques. Visuellement, on est quand mĂŞme loin de ce qu’on connaissait du jeune rĂ©alisateur de Whiplash et La La Land. Et ce n’est pas forcĂ©ment une mauvaise nouvelle. Dès les premiers plans, Chazelle parvient mĂŞme Ă  nous embarquer dans une machine infernale – le cockpit d’un avion fusĂ© – qu’il filme avec frĂ©nĂ©sie, tremblements et coup de zooms. L’avion quitte involontairement et progressivement l’atmosphère terrestre mettant en danger notre hĂ©ros. Mais au-delĂ  de l’effet ultra immersif et rĂ©aliste de la sĂ©quence, la camĂ©ra s’attarde plus prĂ©cisĂ©ment sur le visage, les yeux du protagoniste ; au dĂ©but Ă©bahi par tant de beautĂ© – par la vue de la terre au-dessus des nuages – puis rapidement dĂ©muni face Ă  la terreur, face Ă  la mort – et le spectateur d’explorer un visage meurtri face au vertige. Alors, oui, le visage de Ryan Gosling est souvent Ă©teint mais son impassibilitĂ© face au deuil se reflète constamment dans l’espace (les lignes bleues de l’atmosphère) ou la surface lunaire (lors de la sĂ©quence sur la Lune). On a alors accès Ă  une mĂ©lancolie du cosmos: le visage d’un homme face Ă  l’immense. C’est lĂ  oĂą First Man, derrière le cĂ´tĂ© hagiographique, nous choppe, lorsqu’il mĂ©dite avec cet homme face Ă  la vie, ses Ă©preuves personnelles et son dĂ©passement de soi. Suspendu dans le vide, entre effroi et Ă©merveillement. C’est vraiment ce qui nous tient sur quasi deux heures trente, au grĂ© de cette odyssĂ©e intimiste pour raconter l’un des plus grands et beaux Ă©vĂ©nements que l’Humain ait connu, the conquest of the moon. T.M.

LEAVE A REPLY

Please enter your comment!
Please enter your name here