Takashi Miike et ses amis vous souhaitent une bonne année 2020

Un jeune boxeur à qui on prescrit une grave tumeur au cerveau et une prostituée accro à la drogue croisent sur leurs chemins un couple de proxénètes, la mafia chinoise, les yakuzas et un flic ripoux, tous de gré ou de force impliqués dans une arnaque cocaïnée qui ne cesse de capoter et d’engendrer des conséquences aussi délirantes que chaotiques. Voilà comment l’on pourrait résumer sans spoiler le dernier effort de Takashi Miike. Joie et bonheur pour nous d’apprendre que le bonhomme est enfin reprogrammé dans les salles de cinéma françaises, après avoir été boudé pendant de longues années et cantonné à de rares apparitions en festivals, voire directement en Dvd ou sur Netflix (pour rappel, Hara-kiri le dernier de ses films à avoir eu les honneurs des salles chez nous est sorti en 2011).

À l’instar de The Forest Of Love pour Sono Sion, le nouveau film du réalisateur Japonais propose une sorte d’œuvre somme re-brassant les obsessions et les styles d’un cinéaste inégalable de maîtrise quand il s’agit de réaliser un long métrage combinant tous les genres existants. Du film d’action mafieux à la comédie délirante, en passant par le drame intimiste, au film d’horreur gore et même au film d’animation, rien ne fait peur et rien n’arrête le réalisateur aux 108 créations (environ). Une excellente nouvelle donc pour l’amateur cinéphile comme pour le profane qui vont pouvoir communier ensemble dans une salle de cinéma et apprécier ce que peut offrir de plus jouissif le grand Takashi Miike. Pour le fan du cinéaste, First Love fera l’effet d’une madeleine de Proust. On retrouve absolument tout ce qui fait qu’on aime le cinéma de ce réalisateur. Si les références dans le délire du scenario à d’autres films de sa filmographie (Dead or alive – Gozu – Ichi the killer) sont légion, il y a aussi dans l’agencement même des plans un rappel à ce que le monsieur a déjà construit. Pour vous en convaincre, revoyez son chef-d’œuvre Audition et comparez avec les scènes de First Love ou le personnage de Monica est enfermée chez le couple de proxénètes au début du film. Consciemment ou non, le réalisateur rejoue selon le ton du film (nous passons de la comédie au drame d’un plan à l’autre), à l’échelle de plan près, des passages de ses anciens films.

Pour le reste, comme nous l’avons souligné, sa faculté ahurissante à jongler entre les genres et le plaisir qu’il a à filmer ses acteurs s’avère communicatif. Répondant présent quand il s’agit de faire couler le sang à flot tout autant que dans l’humour subtil ou potache (difficile de garder son sérieux devant quelques passages – cf. la scène dite de la mamie), le film distille à mesure qu’il avance une sensation d’hilarité irrésistible. Pourtant, dans l’euphorie du récit, il traite en filigrane de sujets sombres comme le viol, l’inceste ou la dépendance traçant tout un parcours sur l’acceptation de soi qui s’achèvera dans un final sensible et épuré où le titre du film prendra pleinement son sens. Cela ne rend cependant pas le rythme plus lourd: Miike se révèle confiant en ses effets et fonce à toute allure les pieds sur l’accélérateur et les mains partout mais pas sur le guidon. Offrant même au milieu du film, une course-poursuite, suivie d’un règlement de compte sanglant dans un Bricorama en quasi-temps réel qui se terminera avec la quasi-totalité du casting zigouillé et une séquence façon animation manga pop-art.

Il y a fort à parier que certains ne seront qu’à moitié convaincus par cet ovni cinématographique demandant une certaine endurance face à ce feu d’artifice malgré tout «très japonais» (ce qui veut dire peu enclin à être facilement assimilable par un public européen ne possédant pas forcément toutes les idiosyncrasies et autres clefs culturelles de compréhension). On ne pourra pas leur donner complètement tort mais c’est aussi pour cela que nous sommes très heureux de voir ce genre de cinéma revenir à l’affiche dans les salles. En espérant que cela ne soit pas qu’une exception passagère. Quoi qu’il en soit, préparez-vous, l’année 2020 débute foutrement chaos. Et ce n’est pas pour nous déplaire. G.C.

10 MIIKE A (RE)VOIR
Jamais vu un film de Takashi Miike? Voici une sélection de 10 films du réalisateur à découvrir absolument afin de mesurer l’étendue de son travail et d’appréhender le bonhomme avant de découvrir son nouvel opus: Audition; Gozu; La trilogie Dead or alive; Ichi the killer; Visitor Q; Kamisama no iutoori; Blade of the immortal; La maison des sévices; Rainy dogs et Hara-kiri mort d’un samouraï.

 

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