John est vieux et a beaucoup de choses à dire. Principalement des insanités, mais elles sont dites avec une certaine classe, une assurance, un aplomb du genre burin. Ses phrases sont organisées en trois temps: d’abord la cible (sa famille), puis un adverbe, et une belle grosse insulte. Il a 75 ans, atteint de démence sénile. Sa famille le comprend. Son fils est homo (joué par Viggo Mortensen), marié à un sino-hawaïen, nurse, accompagné d’une fille adoptive mexicaine. Ses deux ex-femmes sont mortes. Et sa fille, une démocrate, a élevé deux adolescents au look de punk gothique. Tout ce beau monde vit bien sûr en Californie, à mille lieues de sa ferme, perdue dans un état de la côte Est.

Monté à base de flash-back que Viggo a eu en prenant l’avion (le seul élément autobiographique de l’histoire), Falling est une fresque d’où partent les menhirs – les familles traditionnelles américaines des années 1960, et où viennent s’échouer comme des grains de sable les familles du XXIe siècle. Le début de l’histoire ressemble d’ailleurs à du Terrence Malick. La fin, à la série Modern Family.

Etalé sur près de deux heures, le festival de politiquement incorrect qu’offre John est drôle: à l’image de sa rencontre avec un tableau de Picasso. Alors que le petit groupe est en symbiose dans un musée du centre-ville, il trouve une remarque à faire sur la quantité d’aventures sexuelles qu’un artiste «coco» et européen a dû avoir à son époque avant de conclure qu’il doit aller couler un bronze au plus vite. C’est assez jouissif. Non pas le colombin mais le contraste. Tout le monde aime voir des gens qui chutent. C’est comme regarder une comète. Ici, ce qui chute, c’est un modèle d’humain.

Malgré notre enthousiasme devant ce film, lié à sa direction (tout droit jusqu’au sol), on remarque la présence de certains défauts de conception: des répétitions argumentatives (caractéristiques des premiers films), et sans doute un laisser-aller trop créatif dans le montage qui aurait pu être évité à l’aide d’une production plus insistante. Heureusement, les acteurs éblouissent par leur talent. D’abord Lence Henriksen (qu’on a vu dans Un après-midi de chien et Network) impressionne. Ensuite, son jeu correspond avec celui de son doublon: Sverrir Gudnason (acteur dans Millénium) – qui lui-même semble renvoyer à Viggo Mortensen des signaux de justesse. A noter aussi, la présence de David Cronenberg travesti en médecin. L’exemple parfait du Complementary Acting. S.R.

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