Tout le monde vous entendra hurler. Dans un Copenhague de coton, une journaliste embarque dans un ascenseur l’emmenant dans les souterrains de la ville: ironiquement, heaven & hell sont gribouillés sur les boutons du monte-charge. Et elle ne croit pas si bien lire. Plus Sophie Davant qu’Elise Lucet, la jeune femme doit bricoler un de ces projets chargé d’entretenir une image positive des ouvriers s’acharnant à bâtir le métro de demain. Tout le monde parle anglais pour faciliter les échanges, mais les discussions tournent en rond, les sourires sont gênés. Au fond, personne n’y croit, même pas nous. Mais un incendie force la reporter à s’engouffrer dans un sas de décompression avec deux autres ouvriers. Quand ressortiront-ils? Mystère. Il faut compter également sur le fait que l’eau et l’oxygène ne sont pas éternels. Rajoutez à cela quelques tensions qui se dessinent petit à petit, et vous aurez votre huis-clos infernal de poche.

Une vraie bonne raison d’aller au cinéma cet été. Bien sûr, on pourrait gueuler comme des veaux. Pourquoi attendre la réouverture des salles de cinéma et les périodes de vaches maigres pour ENFIN sortir un film comme Exit (anciennement, Cutterhead – trop dur à prononcer?)? Oui, c’est dommage, et en même temps, on a rarement vu un aussi «petit» grand film arriver au bon moment: un film de confinement (mais promis sans virus qui fait tousser) avec un regard social très acéré. Un mal pour un bien en somme. Après un joli parcours de festival, il est là, et il le mérite. Et qu’est ce qu’on aime ce genre de premier film qui va droit à l’essentiel, qui ne s’embarrasse pas de gras, qui ne joue pas au petit malin.

Filmé comme un documentaire, Exit a des airs de found footage, mais a eu la bonne idée d’oublier ce procédé aujourd’hui usé de chez usé. Comme dit plus haut, il ne s’agit pas un film d’embobineur. Très simplement, les sensations d’isolement, puis d’emprisonnement vous étreignent. On trépigne, on manque d’air. Les sas qu’on visse ou qu’on dévisse, les montées ou les chutes de températures monstrueuses, les oreilles déchirées par la compression: viscéral avec un grand V, Exit et son épuisement communicatif font fort, jusqu’à son embardée finale aux confins du surréalisme (et donc du chaos). Retour à la terre, à la boue, aux instincts primaires, sans pitié.

Pas de monstres ou de psychopathes dans ce survival d’un nouveau genre, mais une horreur qui colle à la peau à chaque instant. Dans le choc épidermique des images bien sûr, mais aussi dans son bilan humain, qui laisse un sale goût sur la langue: plutôt que de jouer la carte du «seule contre tous», Exit dessine une tour de Babel en modèle réduit, où les cultures et les langues se heurtent malgré l’illusion d’un anglais censé provoquer l’effet connecting people. Le malaise vient bel et bien de son héroïne (qui n’en est pas une), parfois icônisée comme une Ripley de fortune, reflet d’une communauté aisée (et blanche de surcroît!) qui ramène la couverture à soi et essaye à tout prix de se donner bonne conscience. C’est assurément la grande surprise d’un film bien en phase avec son temps, et ce ne sont pas les belles réactions croisées cette année en pleine pandémie qui nous diront le contraire… J.M.

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