[CRITIQUE] ENTRE DEUX RIVES de Kim Ki-Duk

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Reviens-moi. Sur les eaux d’un lac marquant la frontière entre les deux Corée, l’hélice du bateau d’un modeste pêcheur nord-coréen se retrouve coincé dans un filet. Il n’a pas d’autre choix que de se laisser dériver vers les eaux sud-coréennes, où la police aux frontières l’arrête pour espionnage. Il va devoir lutter pour retrouver sa famille…

Kim Ki-Duk a changé. Finis la dérive sexy-gore de L’île (ce film merveilleux avec lequel on a découvert son cinéma dans l’Hexagone), la poésie nirvana de Printemps été automne hier et printemps et l’amour surréaliste de Locataires (ses grands hit au box-office), le réalisateur coréen, qui a connu une grande dépression depuis et qui en a d’ailleurs fait un long métrage (le très étrange Arirang), change définitivement de registre pour parler, sous une forme moins séduisante, des disparités entre les deux Corée et de la manière dont n’importe quel pékin moyen peut se retrouver dans les rets d’un système Kafkaïen. Comme le postulat de départ paraît au prime abord absurde (un pêcheur nord-coréen dérive en Corée du sud en raison d’un problème d’hélice de bateau), on est évidemment dans les parages du conte social aux conséquences et à la morale implacables.
Tirant à boulets rouges, Kim Ki-Duk raconte cet itinéraire d’humble nord-coréen perdu dans les eaux troubles d’un conflit qui le dépasse complètement, considéré comme un espion à la solde du régime de Kim Jong-Un pour les uns et comme un traitre méritant d’être fusillé pour les autres. Avec son point de vue de brave pêcheur, il est confronté à une société sud-coréenne occidentalisée et donc capitaliste: violente pour ses yeux et bruyante pour ses oreilles. Ce qui en émane, c’est que d’une rive à l’autre, la Corée ne fait rien pour aider les plus modestes et ne permet aucune évolution salvatrice, aucune émancipation satisfaisante pour quiconque. De quoi nous rappeler que Kim Ki-Duk n’est pas un cinéaste aimable et on a tendance à aimer ça, d’autant qu’il tient le cap jusqu’à la dernière scène, très forte, résumant par des gestes d’enfant toute l’ironie révoltante du constat.

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