Passons rapidement sur le pitch du film, porté à la connaissance du public grâce à un passage de l’émission Quotidien multi relayé sur les réseaux sociaux. Claire est une pianiste de renommée mondiale, son compagnon Frédéric joue les managers aux petits oignons, réglant au cordon le quotidien de l’artiste : Claire est ainsi délestée de la moindre initiative avec le monde extérieur, déléguée à son imposant et sémillant chéri. Désireux d’avoir un enfant, Frédéric remplace la pilule de sa douce par une sucrette : voilà la surmenée Claire enceinte d’un bébé qu’elle n’a jamais désiré, ni même une seule seconde imaginé…

On peut parler d’une “comédie expansionniste“: à mesure que la grossesse avance, la vie planifiée de nos deux compères se dérègle. À Marina Foïs les troubles organiques, à Jonathan Cohen les cours de préparation à l’accouchement et autres tutos Youtube consacrés à l’arrivée du divin enfant. Mais qui porte vraiment le foetus? Le ventre de Frédéric grossit aussi, détail qui n’a pas qu’une merveilleuse efficacité comique: cet enfant, c’est d’abord le sien, ce que ne manquera pas de lui reprocher Claire, perdant au yeux du monde son prestigieux statut professionnel pour être réduite à un tristement fonctionnel “bide sur pattes” sur lequel toutes les mains se posent…

Une grossesse masculine qui montre aussi à quel point la vie de Frédéric n’existe qu’à travers celle de sa moitié, ne vampirisant plus uniquement la carrière de l’artiste, mais aussi désormais le moindre de ses affects. Qui domine qui, qui mange qui, qui reste dans l’ombre de l’autre: sans jamais l’afficher, Énorme se branche à merveille sur l’époque, et les plus attentifs d’entre vous noteront que le film se passe quasi intégralement en intérieur, comme si la boîte en 1,33 dans lequel le film nous enferme avait aussi quelque chose à nous dire sur ces quelques mois gratinés que vous avez passés confinés…

En creux se dessine une subtile radiographie d’un couple contemporain en pleine redéfinition, à l’heure où l’on croise de plus en plus de nos amis ayant enterré, pour diverses raisons, l’idée même d’avoir un enfant. Vous savez à quel point on aime ici le cinéma des frères Farrelly, chez qui le corps outrancier ou difforme s’émancipe des lois élémentaires de la physique: il y a évidemment de ça dans le cinéma de Sophie Letourneur, chez qui un bidon peut gagner 4 kilos en 30 secondes et prendre la forme d’une énorme baudruche s’affranchissant de la pesanteur. Le film est tout en ellipses et en dilatations temporelles, comme pour embrasser les turbulences du cocon familial en construction (et en déconstruction): voilà donc une grande comédie métaphysique qui ne néglige jamais la question du corps, portée par deux bêtes de scène ayant éclos sur Canal et à qui l’industrie de cinéma français n’a pas toujours fait de cadeaux (c’est le moins qu’on puisse dire). Et voici donc le chaos aussi enthousiaste que conquis, avec ou sans marmot dans le tiroir! G.R.

LAISSER UN COMMENTAIRE

S'il vous plaît entrez votre commentaire!
S'il vous plaît entrez votre nom ici